Résorption Radiculaire : Classifications, mécanismes et prise en charge clinique. | DentoLink Blog
Parodontologie

Résorption Radiculaire : Classifications, mécanismes et prise en charge clinique.

Résorption radiculaire : ECR, EIRR post-traumatique, ankylose. Classifications Heithersay & Patel CBCT 3D. Algorithme, Biodentine. Référence 2025.

Résorption Radiculaire : Classifications, mécanismes et prise en charge clinique.
Résorption Radiculaire — Classifications et Prise en Charge | DentoLink
Niveau : Résident / Praticien Mise à jour : 2025

Sommaire

Ce que les classifications modernes changent dans votre pratique

La classification tridimensionnelle de Patel et al. (Int Endod J 2018) a transformé le diagnostic et la planification thérapeutique de la résorption cervicale externe (ECR). Basée sur le CBCT, elle évalue la hauteur de la lésion, son extension circonférentielle et sa proximité avec le canal radiculaire — paramètres impossibles à quantifier sur une radiographie 2D. La classification de Heithersay (1999), basée sur des radiographies bidimensionnelles, sous-estime systématiquement l'étendue réelle. La revue systématique de Bardini et al. (Aust Endod J 2023) confirme que la réparation externe offre un taux de survie supérieur à la réparation interne pour l'ECR, bien que les preuves restent de faible certitude. Le diagnostic précoce par CBCT est le déterminant n°1 du pronostic.

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Définition et mécanismes cellulaires

La résorption radiculaire est la perte de tissu dentaire dur (cément, dentine, parfois émail) résultant de l'activité d'odontoclastes (cellules clastiques dérivées des macrophages, phénotypiquement similaires aux ostéoclastes). Elle peut être physiologique (résorption des racines des dents temporaires lors de l'éruption des dents permanentes) ou pathologique (tout autre contexte — traumatisme, infection, inflammation chronique, orthodontie, idiopathique).

Les odontoclastes s'activent quand la surface radiculaire perd sa protection naturelle : le cément et la prédentine (couches superficielles non minéralisées) constituent une barrière protectrice. Tout agent altérant cette barrière (traumatisme mécanique, pression, inflammation, ischémie, toxique chimique) expose la dentine sous-jacente aux cellules clastiques circulantes.

Mécanisme traumatique

Impact direct détruisant le cément protecteur. Remplacement par du tissu osseux (ankylose) ou inflammation si pulpe nécrotique infectée. Gravité dépend de l'étendue de la surface exposée et du délai de traitement.

Mécanisme inflammatoire

Médiateurs de l'inflammation (IL-1β, TNF-α, RANKL) stimulent la différenciation et l'activation des odontoclastes. Source : tissu pulpaire nécrotique infecté, parodontite, kyste, granulome.

Mécanisme de pression

Pression mécanique prolongée (forces orthodontiques, dent incluse, kyste expansif) active les clastocytes par voie mécano-sensorielle. Résorption apicale orthodontique (OIIRR). Souvent réversible si la pression est supprimée.

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Classification générale — Andreasen (1985) et Patel (2018)

Deux systèmes de classification coexistent : la classification d'Andreasen (1985), fondée sur la localisation et le mécanisme, reste la référence pédagogique ; la classification de Patel et al. (Int Endod J 2018), basée sur le CBCT, est plus précise et cliniquement utile pour planifier le traitement.

CatégorieTypeLocalisationMécanisme principalPulpeUrgence thérapeutique
ExterneSurface (surface resorption)Latérale / apicaleTraumatisme superficiel, pressionVitaleSouvent auto-limitante
Inflammatoire (EIRR)Latérale / apicaleNécrose infectée + lésion cémentNécrotiqueUrgente
Remplacement (ankylose)Latérale / diffuseIschémie prolongée du LPDVitale ou nécrotiqueProgressive — peu traitée
Cervicale invasive (ECR/ICR)CervicaleDestruction cément cervical multi-factorielleVitale (longtemps)Urgente selon classe
InterneInflammatoireDans le canal radiculaireInflammation pulpaire chroniqueVitale (partiellement)Traitement endodontique urgent
De remplacement (métaplasique)Dans le canalMétaplasie clastique du tissu pulpaireVitale ou nécrotiqueProgressive
OrthodontiqueOIIRRApicale / latéraleForces mécaniques orthodontiquesVitaleSurveillance — modifier forces
Distinction interne vs externe — fondamentale pour le traitement

La résorption interne prend naissance dans la cavité pulpaire (canal ou chambre) et progresse vers l'extérieur. La résorption externe prend naissance à la surface radiculaire et progresse vers l'intérieur. Cette distinction conditionne l'approche thérapeutique : la résorption interne nécessite toujours un traitement endodontique ; la résorption externe peut nécessiter une approche chirurgicale, endodontique ou les deux selon le type. En radiographie 2D, les deux peuvent être confondues — le CBCT permet de les différencier.

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Résorption de surface externe

La résorption de surface externe (Surface Resorption) est la forme la moins sévère de résorption externe. Elle survient à la suite d'un traumatisme local superficiel, d'une lésion inflammatoire légère du ligament parodontal ou d'une pression modérée. Les lacunes de résorption (lacunes de Howship) sont limitées à la surface cementaire et ne s'étendent pas à la dentine.

Aspect radiographique : Petites irrégularités ou encochements localisés sur le contour radiculaire latéral ou apical. Souvent imperceptibles sur la radiographie standard — diagnostiquées fortuitement sur CBCT.

Évolution : Auto-limitante dans la très grande majorité des cas si le stimulus est supprimé. La surface cementaire se répare spontanément par reminéralisation. Aucun traitement endodontique requis si la pulpe est vitale et la lésion superficielle.

Prise en charge

Surveillance radiographique à 6–12 mois. Suppression du facteur déclenchant si identifié (forçage orthodontique, trauma occlusal). Pas de traitement spécifique si la pulpe est réactive et la lésion ne progresse pas. Une aggravation vers une résorption inflammatoire doit être suspectée si la lésion augmente — réévaluer la vitalité pulpaire.

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Résorption inflammatoire externe post-traumatique (EIRR)

La résorption inflammatoire externe (External Inflammatory Root Resorption, EIRR) est la forme la plus cliniquement redoutée et la plus rapide. Elle associe deux conditions simultanées : une lésion du cément radiculaire (exposant la dentine sous-jacente) et une source d'infection canalaire (nécrose pulpaire infectée). Les bactéries canalaires et leurs toxines stimulent l'activité odontoclastique depuis le canal via les tubuli dentinaires exposés.

Contexte typique : Dent traumatisée (luxation, avulsion-réimplantation) avec nécrose pulpaire infectée non traitée. Peut survenir quelques semaines à quelques mois après le traumatisme. Plus rapide chez les sujets jeunes (apex large, tubuli dentinaires plus perméables).

Aspect radiographique : Lacunes de résorption latérale "en bol" avec image de destruction osseuse en regard (cratère osseux sans lamina dura). L'image peut rappeler une lésion parodontale latérale.

Vitesse de progression

Extrêmement rapide chez l'enfant (apex immature, dentine peu minéralisée). Perte de plusieurs mm de structure radiculaire en quelques semaines sans traitement. Urgence absolue dès diagnostic.

Diagnostic différentiel

Différencier de la résorption de remplacement (ankylose) : EIRR présente un liseré LPD visible, résorption de remplacement l'efface. CBCT : lacune avec os en regard vs fusion racine-os.

Traitement

Traitement endodontique en urgence : débridement canalaire + désinfection (NaOCl + CaOH₂ en pansement). Objectif : éliminer le stimulus infectieux. La résorption s'arrête si nettoyage efficace et rapide.

Urgence absolue — 7–14 jours peuvent suffire à perdre une dent

Chez un enfant de 8–12 ans avec dent avulsée-réimplantée ou luxée + nécrose pulpaire, la résorption inflammatoire externe peut détruire la totalité de la racine en 6–12 semaines sans traitement. Tout suspicion clinique ou radiologique de EIRR sur une dent traumatisée doit conduire à un traitement endodontique dans les 24–48h. L'hydroxyde de calcium (CaOH₂) en pansement canalaire est le traitement de première intention — il inhibe les odontoclastes par alcalinisation locale et élimine les bactéries canalaires.

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Résorption de remplacement — Ankylose

La résorption de remplacement (Replacement Resorption) ou ankylose dento-alvéolaire résulte de la nécrose étendue du ligament parodontal (LPD), le plus souvent après avulsion-réimplantation avec temps extra-alvéolaire prolongé ou dessiccation de la surface radiculaire. La racine dénudée de son LPD est directement colonisée par les ostéoclastes, qui la remplacent progressivement par de l'os spongieux — d'où le terme de "remplacement".

Signes cliniques

Son métallique à la percussion (son tympanique en "bois creux" vs son sourd normal). Absence de mobilité. Absence de LPD radiographique (disparition du liseré noir périradiculaire = fusion racine-os). Immobilité de la dent lors des forces orthodontiques (infraclusion progressive chez l'enfant).

Évolution clinique

Progressive et inéluctable chez l'adulte. Chez l'enfant en croissance : infraclusion progressive (la dent ankylosée ne suit pas l'éruption alvéolaire = "enfouissement"), avec risque de déficit osseux vertical grave compromettant l'implantologie future.

Prise en charge

Pas de traitement permettant de stopper l'ankylose établie. Options selon stade et âge : surveillance + restauration temporaire / décoronation (Malmgren) chez l'enfant pour préserver le volume osseux / extraction + comblement osseux + implant à maturité (adulte). Éviter l'extraction trop précoce si la dent est encore utile.

Décoronation (Malmgren 2008) — indication spécifique chez l'enfant

Chez l'enfant avec dent ankylosée en infraclusion progressive : la décoronation consiste à réséquer la couronne au niveau sous-crestal et à laisser la racine se résorber progressivement sous la muqueuse. Elle préserve le volume osseux alvéolaire vertical pour une implantation future à l'âge adulte. Indication : infraclusion >1 mm avec croissance alvéolaire active documentée. Ne pas extraire et combler — la décoronation préserve l'os bien mieux qu'une extraction simple.

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Résorption cervicale externe invasive (ECR / ICR)

La résorption cervicale externe invasive (External Cervical Resorption — ECR, aussi appelée Invasive Cervical Resorption — ICR) est une forme particulière de résorption externe débutant dans la région cervicale de la dent, sous l'épithélium sulculaire, et progressant de façon insidieuse dans la dentine. La pulpe est remarquablement préservée jusqu'aux stades avancés grâce à une couche de prédentine résistante à la résorption.

Prévalence et terrain : Relativement rare mais sous-diagnostiquée. Âge moyen au diagnostic : ~33 ans. Dents les plus touchées : incisives centrales maxillaires, molaires mandibulaires, canines maxillaires, incisives latérales maxillaires (Bardini et al. 2023). Distribution équilibrée hommes/femmes.

Facteurs prédisposants identifiés (Heithersay 1999 ; Mavridou et al. 2017)

Aucun facteur isolé n'est suffisant — association de plusieurs facteurs dans la majorité des cas. Les plus fréquemment retrouvés : traumatisme dentaire antérieur (impact, luxation) — facteur n°1 ; traitement orthodontique (surtout avec brackets collés et forces importantes) ; blanchiment dentaire interne ou externe (acide + chaleur altèrent le cément cervical) ; chirurgie dento-alvéolaire ; traitement parodontal agressif cervical ; bruxisme / parafonctions ; idiopathique (~25 % des cas sans facteur identifiable). Facteurs systémiques : hyperparathyroïdie, hypothyroïdie, maladies auto-immunes (sclérodermie documentée).

Présentation clinique

Souvent asymptomatique jusqu'aux stades avancés. Découverte fortuite sur radiographie. Parfois : légère mobilité, sensibilité cervicale, discoloration rosée ("pink spot") si lésion visible sous la gencive. La pulpe reste vitale longtemps — tests de sensibilité positifs même en classe 3.

Aspect radiographique 2D

Image radioclaire irrégulière en regard du col de la dent, souvent asymétrique. Limites floues, contours irréguliers. Le canal radiculaire reste intact (différencie l'ECR de la résorption interne sur radio 2D). Sous-estimation systématique de l'étendue réelle.

Piège diagnostique

L'ECR peut être confondue avec une carie cervicale profonde, une résorption interne ou une ostéoporose cervicale. Critère clé : la pulpe est vitale, le canal intact sur 2D, et la lésion est excentrée (pas centrée sur le canal). CBCT = différenciation certaine.

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Classifications ECR — Heithersay (1999) et Patel 3D (2018)

Deux systèmes de classification coexistent pour l'ECR : la classification de Heithersay (1999), basée sur la radiographie 2D, encore utilisée dans 74 % des articles publiés selon Bardini et al. 2023 ; et la classification tridimensionnelle de Patel et al. (Int Endod J 2018), basée sur le CBCT, plus précise mais moins répandue à ce jour.

Classe HeithersayDescriptionProximité pulpairePronosticTraitement
H1Petite lésion cervicale, pénétration superficielle dans la dentineDistanteExcellentRéparation externe ± endodontie
H2Lésion bien définie proche de la chambre pulpaire, peu d'extension radiculaireProcheBonRéparation externe ± endodontie
H3Extension profonde dans le tiers coronaire de la dentine radiculaireTrès proche / contacteRéservéRéparation externe + endodontie souvent
H4Lésion étendue au-delà du tiers coronaireContact ou perforationDéfavorableExtraction souvent inévitable

Classification de Patel et al. (Int Endod J 2018) — 3 paramètres CBCT : La classification Patel encode la lésion sur 3 dimensions en 3 chiffres : hauteur coronoradiculaire (1 = cervical ; 2 = tiers coronaire ; 3 = tiers médian ; 4 = tiers apical), extension circonférentielle (a = <90° ; b = 90–180° ; c = 180–270° ; d = >270°) et contact avec le canal radiculaire (sans exposant = pas de contact ; exposant E = contact mais pas de perforation ; exposant P = perforation). Exemple : 2cP = lésion du tiers coronaire, extension de 180–270°, avec perforation canalaire — mauvais pronostic, extraction souvent indiquée.

Paramètre PatelCodeDescriptionImpact pronostique
Hauteur1Confinée à la région cervicaleFavorable
2Étendue au tiers coronaireModéré
3Étendue au tiers médianDéfavorable
4Étendue au tiers apicalTrès défavorable
Circonférencea<90°Favorable
b90–180°Modéré
c180–270°Défavorable
d>270°Très défavorable
Canal(sans exposant)Pas de contact avec le canalFavorable
EContact mais pas de perforationModéré
PPerforation du canal radiculaireDéfavorable → extraction souvent
Heithersay sous-estime systématiquement l'étendue — CBCT obligatoire

Heithersay (1999) a établi sa classification sur des radiographies 2D — qui projettent une lésion tridimensionnelle sur un plan et masquent son extension vestibulaire/linguale. Des études comparatives montrent que le CBCT reclasse fréquemment les lésions en une classe supérieure à celle vue sur la radiographie standard. La classification Patel 3D ne peut être utilisée qu'après CBCT. En l'absence de CBCT, la classification Heithersay reste applicable mais doit être interprétée avec la conscience de sa sous-estimation systématique.

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Résorption interne inflammatoire et de remplacement

Résorption interne inflammatoire

Mécanisme : Inflammation pulpaire chronique partielle — la pulpe coronaire est nécrotique (stimulant les odontoclastes) mais la pulpe apicale reste vitale (assurant la vascularisation des clastocytes). Cette coexistence pulpe vitale/nécrotique est indispensable à la progression. Radiographie : Image ronde-ovalaire symétrique centrée sur l'axe du canal, à contours nets. L'image est "centrée" sur le canal — critère clé de différenciation avec l'ECR. Traitement : Urgence endodontique — débrider et supprimer la composante vitale stoppe immédiatement la résorption.

Résorption interne de remplacement (métaplasique)

Mécanisme : Remplacement du tissu pulpaire par du tissu osseux ou ostéoïde (métaplasie). La dentine canalaire est résorbée et remplacée par de l'os. Souvent asymptomatique. Radiographie : Image radio-opaque intra-canalaire irrégulière — l'os de remplacement est partiellement radio-opaque. Traitement : Difficile — le tissu osseux intra-canalaire rend l'instrumentation et l'obturation plus difficiles. Traitement endodontique tentable si accès possible ; sinon extraction.

Différencier résorption interne et ECR sur radiographie 2D
Trois signes discriminants : 1) Position — résorption interne est centrée sur l'axe du canal (image qui "suit" le canal lors de l'angulation radiographique) ; ECR est excentrée et ne suit pas l'axe du canal. 2) Contours — résorption interne : contours nets, lisses, bien délimités ; ECR : contours irréguliers, festonnés. 3) Vitalité — résorption interne : pulpe PARTIELLEMENT vitale (apicale positive) ; ECR : pulpe souvent TOTALEMENT vitale (tests positifs dans toute la dent). Test définitif : CBCT. En cas de doute systématique sur une radiographie 2D : demander un CBCT avant toute décision thérapeutique.
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Résorptions liées à l'orthodontie (OIIRR)

La résorption radiculaire induite par l'orthodontie (Orthodontically Induced Inflammatory Root Resorption — OIIRR) est la complication la plus fréquente du traitement orthodontique. Elle est quasi universelle à des degrés variables (présente dans ~90 % des cas traités, cliniquement significative dans 1–5 %).

Facteurs de risque OIIRR

Dents à apex conique (pipette) — risque ×3 vs racines rondes. Durée du traitement >2 ans. Forces d'intrusion et de torque. Traitement sur dents déjà traumatisées (facteur aggravant majeur). Hypermétabolisme clastique (génétique). Antécédent de résorption apicale pré-traitement.

Surveillance orthodontique

Radiographie panoramique ou périapicales à 6–9 mois de traitement. Si >2 mm de résorption apicale : pause de 3 mois, réévaluation. Si >4 mm ou >1/3 de la longueur radiculaire : modifier les objectifs de traitement, finaliser avec une résorption acceptable.

Prise en charge

Résorption légère-modérée (<3 mm) : finaliser le traitement. Résorption sévère (>4–5 mm) : réévaluer les bénéfices vs risques ; contention définitive précoce. Dents avec résorption >50 % de longueur : pronostic à long terme compromis — surveiller parodontalement.

Dents traumatisées antérieures + orthodontie — risque cumulé

Une dent ayant subi un traumatisme dentaire antérieur présente un risque d'OIIRR multiplié par 3 à 5. L'orthodontiste doit être informé de tout antécédent traumatique avant de placer des forces. Les incisives centrales maxillaires (dents les plus touchées par les traumatismes ET les plus soumises aux forces orthodontiques) concentrent les risques les plus élevés. Surveillance radiologique renforcée (4–6 mois) sur ces dents spécifiques.

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CBCT dans le diagnostic et la planification des résorptions

Le CBCT (Cone Beam Computed Tomography) a transformé le diagnostic et la planification thérapeutique des résorptions radiculaires. Il permet une évaluation tridimensionnelle précise que la radiographie 2D ne peut pas offrir : étendue réelle de la lésion, circonférence affectée, proximité avec le canal, relations avec l'os alvéolaire.

Différenciation interne / externe

Le CBCT élimine définitivement toute confusion entre résorption interne et ECR. Vue axiale : résorption interne = centrée dans le canal ; ECR = excentrée, contact externe ou latéral. Impossible à confondre en 3D.

Étendue et classification

Seul outil permettant d'utiliser la classification Patel 3D (hauteur, circonférence, contact canal). Mesure volumétrique de la lésion (Nosrat et al. 2023 — évolution volumétrique au fil du temps). Planification chirurgicale précise.

Limites du CBCT

Dose de rayonnement supérieure à la 2D. Artéfacts sur restaurations métalliques. Résolution insuffisante pour les lésions <0,2 mm. Accessibilité variable (coût, équipement). Application du principe ALADA obligatoire.

Indication CBCT en résorptionJustificationFOV recommandé
ECR suspectée ou diagnostiquéeClassification Patel 3D, planification chirurgicaleLimité (dent + os adjacent)
Résorption interne étendueÉvaluation épaisseur dentine résiduelle, perforationLimité
Résorption post-traumatique évolutiveÉvaluer atteinte LPD, type (EIRR vs remplacement)Limité à moyen
Ankylose / décoronation planifiéeVolume osseux, relation avec dent de remplacementMoyen
OIIRR sévère >4 mmÉvaluation pronostique 3DLimité (dents concernées)
Doute diagnostic (interne vs externe)Différenciation définitiveLimité
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Prise en charge de la résorption cervicale externe invasive

La prise en charge de l'ECR repose sur un algorithme décisionnel intégrant la classification (Heithersay ou Patel 3D), l'état pulpaire, la faisabilité chirurgicale et les attentes du patient. Mavridou et al. (Int Endod J 2022) ont proposé un algorithme clinique actualisé intégrant le CBCT.

Algorithme de prise en charge ECR (Mavridou et al. 2022 adapté)
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Diagnostic et classification
Radiographie périapicale + CBCT (FOV limité). Déterminer : classe Heithersay (H1–H4) ou classification Patel (hauteur/circonférence/contact canal). Tester la vitalité pulpaire (test au froid + EPT — habituellement positive en ECR sans perforation canalaire). Sondage parodontal circumférentiel.
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Décision de traitement selon la classe
H1–H2 (Patel 1–2a/b sans E/P) : traitement conservateur. H3 (Patel 2c–3b ± E) : traitement chirurgical ± endodontique selon contact canalaire. H4 / Patel 3c-4 avec P : pronostic très défavorable → extraction souvent indiquée. Discuter avec le patient les alternatives (implant, bridge).
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Réparation externe chirurgicale (cas H1–H3 traitable)
Lambeau muco-périosté d'accès (± ostéotomie si lésion sous-gingivale profonde). Curetage de tout le tissu résorptif (tissu mou fibro-vasculaire + dentine résorbée). Traitement de la cavité au trichloroacétate (TCA) 90 % ou acide de Monsel (sulfate ferreux) pendant 1–2 min pour détruire les clastocytes résiduels. Reconstitution de la cavité : MTA, Biodentine, ou verre ionomère. Suture. Si perforation canalaire : obturation du canal par endodontie avant ou après.
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Réparation interne endodontique (alternative ou complément)
Si accès chirurgical difficile ou patient refuse la chirurgie : traitement endodontique par obturation à la Biodentine/MTA depuis la chambre pulpaire. Indication : lésions communicant avec le canal, chirurgie impossible. Taux de survie légèrement inférieur à la réparation externe dans les études (Bardini et al. 2023 — preuves de très faible certitude). Mais alternative valable sur H1–H2 inaccessibles chirurgicalement.
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Suivi post-thérapeutique
Contrôle clinique à 3 mois : cicatrisation muqueuse, sondage parodontal, vitalité pulpaire (si endodontie non réalisée). Radiographie à 6 mois, 1 an, 2 ans, 5 ans. CBCT de contrôle à 1–2 ans si lésion initiale étendue. Surveiller récidive (possible dans 5–15 % des cas).

Acide trichloracétique (TCA) 90 %

Agent cautérisant appliqué dans la cavité de résorption après curetage. Détruit les odontoclastes et les cellules résorptives résiduelles. Contact limité à 1–2 min, protection des tissus adjacents indispensable (vaseline sur gencive, digue liquide). Rinçage abondant. Élément clé pour prévenir la récidive après réparation externe.

Biodentine (Septodont)

Ciment silicate de calcium. Biocompatible, bonne adhérence, résistance à l'humidité. Excellent matériau pour reconstituer les cavités d'ECR après curetage. Prises en 12 min (mode direct) ou 2 semaines (mode indirect). Disponible via distributeurs algériens (Extradent, MDI, Dentina).

MTA (Mineral Trioxide Aggregate)

Gold standard pour les perforations canalaires et les réparations endodontiques. Biocompatible, bonne étanchéité, stimule la cémentogenèse. Moins maniable que la Biodentine (prise lente). Indiqué si contact ou perforation canalaire dans l'ECR. Disponible en Algérie mais coûteux.

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Prise en charge des résorptions internes et post-traumatiques

Résorption interne inflammatoire

Urgence thérapeutique. Traitement endodontique complet : débridement canal + mise en forme + obturation. La résorption s'arrête dès la suppression de la composante pulpaire vitale apicale. MTA ou Biodentine si perforation radiculaire par résorption. Pronostic excellent si traité rapidement avant perforation radiculaire.

Résorption interne de remplacement

Traitement difficile. Si le canal est encore accessible : traitement endodontique (instrumentation du tissu calcifié avec limes + ultrasons) + obturation (gutta-percha thermoplastique). Si calcification complète : tentative avec CBCT-guided + instruments ultrasoniques. Extraction si canal totalement oblitéré et symptômes.

EIRR post-traumatique — protocole

1) Traitement endodontique d'urgence (dans les 24–48h si possible). 2) Pansement CaOH₂ 1–4 semaines (inhibition clastiques + désinfection). 3) Obturation définitive après résolution des signes cliniques. 4) Surveillance 3–6–12 mois. 5) Si résorption s'arrête : succès. Si poursuite malgré traitement : mauvais pronostic.

Protocole avulsion-réimplantation (IADT 2020)

Temps extra-alvéolaire <60 min : CaOH₂ 1–4 semaines puis obturation définitive. Temps >60 min ou dessiccation : risque d'ankylose élevé — CaOH₂ prolongé (3–6 mois) pour retarder la résorption ; éducoronation si enfant. Fluorure de sodium 2 % (10 min) si temps sec prolongé : limite l'ankylose selon études in vitro.

Hydroxyde de calcium (CaOH₂) — mécanisme d'action anti-résorption

Le CaOH₂ inhibe les odontoclastes par deux mécanismes : alcalinisation locale (pH >12 = pH inhibiteur des phosphatases acides odontoclastiques) et désinfection bactérienne (H₂O₂ libéré par l'hydrolyse). Il est diffusé via les tubuli dentinaires vers la surface radiculaire lésée. Protocole : pansement renouvelé toutes les 4 semaines jusqu'à arrêt de la résorption radiographique confirmé. Après 12–24 mois de CaOH₂ sans résolution : l'obturation définitive est réalisée malgré la lésion persistante (calcification tubulaire par le CaOH₂ a limité la progression).

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Pronostic, surveillance et contexte algérien

Type de résorptionPronostic globalDéterminant n°1 du pronosticSurveillance
Surface externeExcellentSuppression du facteur causal1×/an
EIRR post-traumatiqueBon si traité tôtDélai de traitement endodontique3–6–12 mois
Ankylose / remplacementPerte dentaire probableÂge au diagnostic, atteinte osseuse6–12 mois
ECR H1–H2Bon (réparation externe)Étendue et chirurgie complète6 mois, 1–2–5 ans
ECR H3–H4 / Patel 3–4 avec PDéfavorable à sévèrePerforation canalaire / étendueExtraction souvent
Résorption interne inflammatoireBon si traité tôtTraitement endodontique avant perforation3–6–12 mois
OIIRR modéréeBonAdaptation des forces orthodontiquesRadios 6 mois
OIIRR sévère >4 mmRéservéLongueur radiculaire résiduelleParo semestriel

Questions fréquentes

Trois critères clés : 1) Vitalité pulpaire — résorption interne : pulpe partiellement vitale (test au froid positif dans la partie apicale, négatif en coronaire) ; ECR : pulpe totalement vitale (tests positifs dans toute la dent) jusqu'aux stades avancés. 2) Aspect radiographique — résorption interne : image centrée sur l'axe du canal, contours nets, l'image "suit" le canal sur les radiographies décentrées ; ECR : image excentrée, festonnée, le canal radiculaire reste intact. 3) CBCT — différenciation définitive : résorption interne = dans le canal ; ECR = surface radiculaire avec extension centripète. En pratique, toute lésion radioclaire cervicale ou intra-radiculaire non clairement identifiable doit bénéficier d'un CBCT avant toute décision thérapeutique.
Parfois, mais le pronostic est très réservé. Pour H3 sans perforation canalaire (Patel 2–3b sans P) : une réparation externe chirurgicale est tentable si l'accès est faisable, avec curetage complet, TCA 90 % et Biodentine/MTA. Taux de survie variable — études avec faible certitude des preuves (Bardini et al. 2023). Pour H4 avec perforation (Patel 3c–4 avec P) : la sauvetage est possible mais techniquement très difficile. L'extraction est souvent préférable pour préserver l'os et planifier une restauration implantoportée dans de bonnes conditions. La décision doit intégrer les facteurs du patient (âge, attentes, disponibilité pour suivi) et la qualité osseuse résiduelle. Un second avis spécialisé est recommandé pour les classes H3–H4.
Trois facteurs biologiques accélèrent l'EIRR chez l'enfant : 1) Les tubuli dentinaires sont plus larges (diamètre 2–3 fois supérieur à l'adulte) — les toxines bactériennes et les médiateurs de l'inflammation diffusent plus rapidement de la cavité pulpaire vers la surface radiculaire. 2) L'apex est immature (ouvert ou en cours de formation) — le foramen large permet une communication directe entre le canal infecté et le ligament parodontal. 3) Le métabolisme osseux et dentinaire est plus actif (remodelage physiologique plus intense) — l'activité clastique se superpose à un contexte déjà actif. La combinaison de ces trois facteurs explique pourquoi une dent avulsée non traitée peut perdre la totalité de sa racine en 6–8 semaines chez un enfant de 8 ans, alors que le même processus prendrait 12–18 mois chez un adulte.
L'approche est identique mais techniquement plus complexe. Si la couronne peut être déposée sans détruire la dent : la déposer pour avoir un meilleur accès chirurgical à la région cervicale. Si la couronne doit rester en place : accès chirurgical via lambeau avec élargissement sous la couronne ; curetage et reconstitution par approche exclusivement chirurgicale externe. Après réparation : décider si la couronne existante peut être réutilisée (bord marginal parfois inadapté après reconstitution cervicale) ou si une nouvelle couronne est nécessaire. Le séquençage optimal est : diagnostic + classification CBCT → décision chirurgie → réparation ECR → bilan coronaire → nouvelle couronne si nécessaire. Ne jamais réfectionner la couronne avant d'avoir traité l'ECR — cela masquerait la lésion et en retarderait le suivi.
Oui, mais le risque est relatif et conditionné. Le blanchiment interne (thermocatalytique — chaleur + peroxyde élevé sur dent dévitalisée) est le protocole le plus à risque d'ECR : la chaleur et les agents oxydants peuvent altérer le cément cervical, créant une porte d'entrée pour les odontoclastes. Le blanchiment externe ambulatoire (peroxyde d'hydrogène 6–22 % ou carbamide de peroxyde 10–22 %) chez les patients jeunes avec cément cervical préexistant fragilisé (traumatisme, curetage orthodontique) présente également un risque. Mesures de précaution : blanchiment interne → ne jamais laisser le peroxyde en place plus de 7 jours, protection cervicale avec digue liquide ou CaOH₂ sur la zone cervicale ; blanchiment externe → concentrations ≤22 % CP, pas d'application thermique, pas de blanchiment chez patients avec antécédent de traumatisme récent. La relation causale est établie mais le risque absolu reste faible chez les sujets sans facteur prédisposant.
Après fin du traitement orthodontique, protocole de surveillance recommandé : 1) Radiographie périapicale des dents concernées à la fin du traitement actif (référence de fin de traitement). 2) Contrôle clinique + radios à 12 mois de rétention. 3) Si la résorption s'est arrêtée après dépose des brackets : aucune mesure supplémentaire — la résorption s'arrête dans ~95 % des cas après suppression des forces. 4) Si résorption continue malgré contention : évaluation CBCT, contrôle parodontal (probing), test de vitalité. 5) Pour les dents avec longueur résiduelle <2/3 de la normale : hygiène parfaite, contention définitive, éviter les forces occlusales traumatiques (ajustement occlusal si nécessaire), contrôle parodontal semestriel. Ces dents peuvent fonctionner des décennies si le parodonte est sain, malgré la résorption établie.

Références

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