Implantologie

Maintenance implantaire et maladies péri-implantaires : de la mucosite à la péri-implantite

Diagnostic selon la classification de 2017, protocoles de thérapeutique de soutien, prise en charge non chirurgicale et chirurgicale selon la recom ..

Maintenance implantaire et maladies péri-implantaires : de la mucosite à la péri-implantite
Maintenance implantaire et maladies péri-implantaires | DentoLink
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Pourquoi la maintenance conditionne la survie implantaire

L'implantologie moderne affiche des taux de survie implantaire supérieurs à 95 % à dix ans dans les cohortes bien suivies, un chiffre qui a durablement installé dans l'esprit de nombreux praticiens — et de leurs patients — l'idée d'une solution définitive, quasi indestructible. Cette perception est trompeuse. La survie d'un implant n'est pas synonyme de sa santé : un implant peut rester ostéo-intégré et fonctionnel tout en étant le siège d'une inflammation chronique progressive qui détruit silencieusement son support osseux. Les données épidémiologiques réunies par Derks et Tomasi estiment la prévalence de la mucosite péri-implantaire à environ 43 % des patients implantés et celle de la péri-implantite à environ 22 %, avec une hétérogénéité importante liée aux définitions de cas utilisées. Autrement dit, près d'un patient implanté sur cinq développera une véritable maladie destructrice autour de ses implants.

La variable qui sépare le plus nettement les patients qui développent une péri-implantite de ceux qui n'en développent pas n'est ni la marque de l'implant, ni son état de surface, ni la technique chirurgicale : c'est l'existence — ou non — d'un programme de maintenance structuré. L'étude de Costa et collaborateurs a montré que chez des patients porteurs d'une mucosite préexistante, l'incidence de péri-implantite à cinq ans atteignait 43,9 % en l'absence de maintenance, contre 18 % chez les patients suivis régulièrement. La thérapeutique de soutien péri-implantaire n'est donc pas un service optionnel de confort : c'est la seconde moitié du traitement implantaire, celle qui détermine si l'investissement chirurgical et prothétique du patient tiendra dix ans ou trente.

Point clé

La pose d'un implant sans plan de maintenance formalisé constitue un traitement incomplet. Le consentement éclairé pré-implantaire devrait explicitement mentionner le caractère obligatoire du suivi, sa fréquence prévisible et son coût, au même titre que les risques chirurgicaux.

Un second changement de paradigme mérite d'être souligné d'emblée. L'enseignement classique a longtemps présenté la péri-implantite comme une simple « parodontite autour d'un implant », traitable par transposition directe des protocoles parodontaux. Les données actuelles imposent une lecture plus nuancée : la lésion péri-implantitique progresse plus vite que la lésion parodontale, s'étend en direction apicale selon un patron circonférentiel caractéristique, présente un infiltrat inflammatoire plus étendu et répond nettement moins bien au traitement non chirurgical que sa cousine parodontale. Cette différence de comportement biologique — détaillée dans l'article DentoLink consacré à la classification des maladies parodontales et péri-implantaires — justifie une approche diagnostique et thérapeutique spécifique, qui fait l'objet du présent article.

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Définitions et diagnostic : santé, mucosite, péri-implantite

2.1La classification du World Workshop 2017

Le World Workshop de 2017 (consensus conjoint AAP/EFP, rapport de Berglundh et collaborateurs) a doté la discipline de définitions de cas opérationnelles qui doivent structurer chaque examen. La santé péri-implantaire se définit par l'absence de signes inflammatoires visuels, l'absence de saignement au sondage doux et l'absence de perte osseuse au-delà du remodelage initial. Point essentiel souvent mal compris : la santé péri-implantaire n'est pas définie par une valeur seuil de profondeur de sondage. Un implant posé en situation sous-crestale ou enfoui sous une muqueuse épaisse peut présenter des profondeurs de 5 mm parfaitement saines ; c'est la comparaison avec les valeurs de référence du patient lui-même qui fait sens, non un chiffre absolu.

La mucosite péri-implantaire correspond à une inflammation des tissus mous — saignement au sondage, éventuellement rougeur, œdème ou suppuration — sans perte osseuse au-delà du remodelage initial. Elle est réversible, induite par le biofilm, et constitue le précurseur obligatoire de la péri-implantite, exactement comme la gingivite précède la parodontite. La péri-implantite associe l'inflammation des tissus mous à une perte osseuse progressive radiographiquement objectivée. En l'absence de données radiographiques initiales, le consensus propose des critères de rattrapage : saignement ou suppuration au sondage, profondeur de sondage supérieure ou égale à 6 mm, et niveau osseux situé à 3 mm ou plus apicalement à la partie la plus coronaire de la portion intra-osseuse de l'implant.

EntitéSaignement / suppurationPerte osseuseRéversibilité
Santé péri-implantaireAbsentsAucune au-delà du remodelage
MucositePrésentsAucune au-delà du remodelageRéversible avec contrôle du biofilm
Péri-implantitePrésentsProgressive, radiographiquement documentéeIrréversible ; stabilisation possible

2.2L'importance du point de référence initial

Toute la logique diagnostique repose sur la comparaison avec un état de référence. La radiographie rétro-alvéolaire réalisée à la pose de la prothèse d'usage — et non à la pose chirurgicale de l'implant — constitue le document de base : elle capture le niveau osseux après le remodelage physiologique initial et permet, des années plus tard, de distinguer une perte pathologique d'un remodelage ancien. De même, les profondeurs de sondage enregistrées à la mise en fonction servent de valeurs de référence individuelles. Un dossier implantaire sans radiographie de référence ni sondage initial prive le praticien de tout repère et transforme chaque décision ultérieure en pari. Cette exigence documentaire rejoint les principes médico-légaux détaillés dans l'article DentoLink sur le dossier patient et la traçabilité.

Piège clinique

Ne jamais diagnostiquer une péri-implantite sur la seule profondeur de sondage. Un sondage à 6 mm stable, sans saignement, autour d'un implant posé profondément est compatible avec la santé. Inversement, un sondage passé de 3 à 5 mm avec saignement signe une aggravation, même si la valeur absolue paraît banale.

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L'examen péri-implantaire en pratique

3.1Le sondage : indispensable et inoffensif

Une réticence persiste chez certains praticiens à sonder les implants, par crainte de rompre l'attache épithéliale ou de rayer la surface. Cette crainte n'est pas fondée : le sondage doux, exercé avec une force d'environ 0,25 N, est sans conséquence sur les tissus péri-implantaires, dont l'herméticité se reconstitue en quelques jours. Le sondage systématique sur quatre à six sites par implant, à chaque séance de maintenance, est la seule méthode permettant de détecter le saignement — signe cardinal de la mucosite — et de suivre l'évolution des profondeurs dans le temps. Une sonde parodontale conventionnelle métallique convient parfaitement ; les sondes plastiques, historiquement recommandées, n'ont jamais démontré de bénéfice clinique et leur flexibilité peut au contraire fausser la mesure autour de suprastructures au profil d'émergence prononcé.

3.2Les autres paramètres cliniques

L'examen recherche ensuite la suppuration, spontanée ou provoquée par pression digitale vestibulaire, qui oriente fortement vers la péri-implantite. La mobilité n'est pas un signe précoce : un implant mobile est un implant qui a perdu son ostéo-intégration, situation terminale imposant la dépose. Il faut en revanche distinguer soigneusement la mobilité de l'implant de celle de la suprastructure — un dévissage prothétique mime une mobilité implantaire et se corrige simplement. L'examen évalue enfin l'accessibilité à l'hygiène : une prothèse au profil d'émergence sur-contouré, des embrasures fermées ou un bridge complet non démontable rendent le contrôle de plaque illusoire et constituent des facteurs de risque prothétiques à part entière, développés en section 7.

3.3L'imagerie

La radiographie rétro-alvéolaire avec angulateur, en incidence orthogonale reproductible, reste l'examen de référence pour le suivi du niveau osseux proximal. Elle est indiquée au diagnostic de toute suspicion de péri-implantite, puis pour objectiver la stabilité après traitement — non de façon systématique annuelle chez le patient sain, où l'examen clinique suffit tant qu'aucun signe d'alerte n'apparaît. Le CBCT n'a pas sa place dans le dépistage : les artéfacts métalliques dégradent la lecture péri-implantaire immédiate. Il se justifie uniquement en planification pré-chirurgicale d'un traitement de péri-implantite, lorsque la morphologie tridimensionnelle du défaut — circonférentiel, déhiscence vestibulaire, cratère — conditionne le choix entre approche régénérative et résectrice.

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La séance de maintenance : protocole et instrumentation

4.1Déroulé d'une séance type

Protocole de séance de thérapeutique de soutien péri-implantaire
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Actualisation médicale et comportementale. Mise à jour de l'anamnèse (diabète, nouveaux traitements, tabac), évaluation de la compliance d'hygiène rapportée et objectivée par l'indice de plaque.

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Examen clinique complet. Sondage 4 à 6 sites par implant, recherche de saignement et suppuration, contrôle de la stabilité prothétique (vissage, points de contact, usure occlusale), examen parodontal des dents résiduelles.

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Débridement supra- et sous-muqueux. Élimination mécanique du biofilm et des dépôts calcifiés sur l'ensemble des surfaces accessibles, implants et dents.

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Ré-instruction d'hygiène ciblée. Démonstration sur site des brossettes interdentaires calibrées, du fil spécial implant ou des embouts unitouffe selon la morphologie prothétique.

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Décision et planification. Enregistrement des données dans le dossier, comparaison aux valeurs de référence, fixation de l'intervalle jusqu'à la prochaine séance selon le profil de risque.

4.2Quels instruments sur le titane ?

Le dogme historique interdisait tout instrument métallique au contact du titane et imposait curettes plastiques ou carbone. La lecture actuelle est plus pragmatique. L'objectif prioritaire est l'élimination effective du biofilm ; or les curettes plastiques, trop souples et volumineuses, y parviennent mal dans les zones sous-muqueuses profondes. Les inserts ultrasoniques recouverts de PEEK ou de carbone, les curettes en titane et surtout l'aéropolissage à la poudre de glycine ou d'érythritol avec buse sous-muqueuse offrent aujourd'hui le meilleur compromis entre efficacité de décontamination et respect de l'état de surface. L'aéropolissage aux poudres de faible granulométrie s'est imposé comme l'instrument de choix de la maintenance péri-implantaire de routine : il élimine le biofilm des zones inaccessibles aux curettes, y compris sur les surfaces rugueuses exposées, sans altération significative du titane. La poudre de bicarbonate de sodium classique, plus abrasive, reste réservée aux surfaces coronaires.

Débridement mécanique conventionnel

Curettes titane, inserts ultrasoniques gainés. Efficace sur les dépôts calcifiés et le tartre. Accès limité aux concavités des spires et aux zones sous-prothétiques étroites. Reste indispensable en présence de tartre.

Aéropolissage glycine / érythritol

Décontamination du biofilm supérieure dans les sites profonds et sur surfaces rugueuses, confort patient élevé, absence d'altération de surface. Inefficace sur les dépôts minéralisés. Précaution : risque rarissime d'emphysème sous-muqueux, buse adaptée obligatoire.

Problème fréquent

La suprastructure d'un bridge complet transvissé empêche tout accès au col implantaire : le débridement « autour de la prothèse » ne nettoie en réalité que la céramique.

Solution

Programmer une dépose prothétique périodique — typiquement annuelle la première année puis selon le risque — permettant débridement direct des piliers, vérification des vissages au couple prescrit et remplacement des vis prothétiques fatiguées. Cette dépose doit être anticipée dès la conception : privilégier les assemblages transvissés récupérables, comme argumenté dans l'article DentoLink sur les choix scellé versus transvissé.

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Traitement de la mucosite péri-implantaire

La mucosite est le champ de bataille décisif : c'est le seul stade où l'intervention est simple, peu coûteuse et complètement réversible. Le traitement repose sur un trépied dont l'ordre d'importance doit être clairement hiérarchisé. Le premier pilier, et de très loin le plus déterminant, est le contrôle de plaque personnel quotidien : aucun débridement professionnel ne compense une hygiène défaillante entre les séances. Le deuxième pilier est le débridement professionnel selon le protocole de la section 4. Le troisième pilier est la correction des facteurs locaux : retouche d'un profil prothétique sur-contouré, réouverture d'embrasures, élimination d'un excès de ciment résiduel — cause iatrogène classique de mucosite réfractaire sur les prothèses scellées, qui impose une exploration minutieuse au moindre doute.

Concernant les adjuvants antiseptiques, il faut annoncer honnêtement au patient — et s'avouer à soi-même — l'état réel des preuves : les revues systématiques, dont celle de Jepsen et collaborateurs issue du workshop EFP, concluent que l'adjonction de chlorhexidine ou d'autres antiseptiques au débridement mécanique n'apporte pas de bénéfice constant et significatif par rapport au débridement seul dans la mucosite. Un bain de bouche à la chlorhexidine 0,12 % peut se concevoir en cure courte de deux semaines en appoint initial chez un patient très inflammatoire, mais il ne constitue jamais le traitement et ne doit pas être prolongé, en raison des colorations et de la dysgueusie. La résolution complète de la mucosite est lente : le saignement au sondage peut persister plusieurs semaines après un contrôle de plaque redevenu correct, et la réévaluation se fait raisonnablement à trois mois, non à huit jours.

Point clé

La mucosite se traite avec une brossette et un enseignement, pas avec une ordonnance. Les antibiotiques systémiques n'ont aucune place dans la mucosite péri-implantaire, quelle qu'en soit l'étendue.

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Prise en charge de la péri-implantite

6.1La logique par paliers de la recommandation EFP S3 2023

La recommandation de pratique clinique S3 de l'EFP publiée en 2023 (Herrera et coll.) structure la prise en charge en paliers successifs, sur le modèle du traitement parodontal par étapes. Le préalable absolu est le contrôle des facteurs de risque : un traitement de péri-implantite entrepris chez un patient qui fume et dont l'indice de plaque dépasse 30 % est voué à l'échec, et la recommandation conditionne explicitement l'accès à la chirurgie à l'obtention d'une hygiène satisfaisante. La première étape thérapeutique est le traitement non chirurgical : débridement sous-muqueux complet, si nécessaire en plusieurs séances, avec réévaluation à six-huit semaines minimum. Il faut cependant en connaître les limites : contrairement à la parodontite, où le traitement non chirurgical résout la majorité des poches, la péri-implantite ne répond favorablement au seul débridement que dans une minorité de cas, la macro- et micro-géométrie des spires exposées rendant la décontamination complète mécaniquement impossible à l'aveugle. Le traitement non chirurgical garde néanmoins toute sa valeur : il réduit l'inflammation, teste la compliance du patient et prépare le terrain chirurgical.

6.2Le traitement chirurgical

Lorsque la réévaluation objective la persistance de poches profondes avec saignement ou suppuration, le passage chirurgical s'impose. Le choix de la technique dépend avant tout de la morphologie du défaut osseux. Les défauts infra-osseux contenus, à trois ou quatre parois — le classique cratère circonférentiel — sont candidats à une approche reconstructrice : lambeau d'accès, décontamination méticuleuse de la surface implantaire, comblement par substitut osseux avec ou sans membrane, selon des principes biologiques communs avec la régénération osseuse guidée traitée dans l'article DentoLink dédié. Les défauts supra-osseux ou à une paroi, notamment les pertes horizontales, relèvent d'une approche résectrice : ostéoplastie, repositionnement apical du lambeau et, le cas échéant, implantoplastie — polissage mécanique des spires exposées transformant la surface rugueuse en surface lisse nettoyable. L'implantoplastie améliore le contrôle de l'inflammation dans les zones non régénérables mais expose la muqueuse péri-implantaire à un compromis esthétique (récession, exposition du col) qui doit être annoncé au patient avant l'intervention, particulièrement en secteur antérieur.

Sur la décontamination de la surface implantaire per-opératoire, l'honnêteté scientifique impose le même constat que pour les antiseptiques de la mucosite : aucun protocole — brosses titane, aéropolissage, laser, acide citrique, sérum physiologique — n'a démontré de supériorité reproductible sur les autres dans les essais comparatifs, et les recommandations actuelles laissent le choix au praticien en privilégiant la rigueur mécanique de l'accès sur la sophistication de l'agent chimique. Les antibiotiques systémiques en adjuvant chirurgical ne sont pas recommandés en routine : les bénéfices inconstants rapportés ne contrebalancent pas les enjeux de résistance bactérienne, et leur usage se discute au cas par cas dans les formes sévères et progressives, en cohérence avec les principes de prescription raisonnée exposés dans l'article DentoLink d'antibiothérapie.

6.3Savoir déposer

Limite thérapeutique

Une perte osseuse dépassant la moitié ou les deux tiers de la longueur implantaire, une mobilité, une fracture d'implant ou des échecs thérapeutiques répétés chez un patient non compliant doivent faire poser l'indication de dépose. S'acharner sur un implant condamné détruit du capital osseux qui manquera cruellement à la solution de remplacement. La dépose par tréphine ou par contre-couple est un acte de traitement, pas un échec personnel.

6.4Contexte algérien

L'organisation du suivi implantaire en Algérie présente des particularités dont le praticien doit tenir compte. Une part importante des patients implantés l'ont été dans un autre cabinet, parfois à l'étranger, et consultent sans dossier : absence de radiographie de référence, marque et connectique implantaires inconnues, ce qui complique aussi bien le diagnostic (impossibilité de dater la perte osseuse) que la gestion prothétique (tournevis et pièces de dévissage introuvables). Il est donc prudent de systématiser, pour tout nouveau patient implanté, une radiographie rétro-alvéolaire d'entrée qui servira de nouvelle référence, et de remettre au patient un passeport implantaire mentionnant marque, diamètre, longueur et connectique de ses implants — réflexe qui protégera le confrère suivant. Par ailleurs, l'équipement en aéropolisseurs à poudre fine reste inégal selon les structures ; en son absence, un débridement rigoureux aux curettes titane et inserts gainés reste un standard acceptable, l'essentiel étant la régularité du suivi. Les bains de bouche à base de chlorhexidine disponibles sur le marché national permettent de couvrir les indications ponctuelles décrites plus haut, en cure courte exclusivement. Enfin, la maintenance n'étant généralement pas prise en charge par l'assurance maladie au titre des actes implantaires, son coût doit être annoncé dès le devis initial pour éviter que le suivi ne soit abandonné pour des raisons financières — première cause évitable de péri-implantite tardive.

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Facteurs de risque et intervalles personnalisés

7.1Hiérarchie des facteurs de risque

Tous les patients implantés ne portent pas le même risque, et l'intervalle de maintenance doit refléter cette hétérogénéité. Le facteur de risque le plus puissant et le mieux documenté est l'antécédent de parodontite : un patient traité pour parodontite, même stabilisé, conserve un risque de péri-implantite plusieurs fois supérieur à celui d'un patient au parodonte vierge, et ce risque croît si des poches résiduelles persistent sur les dents naturelles au moment de l'implantation. Viennent ensuite la mauvaise compliance à la maintenance — facteur sur lequel le praticien a le plus de prise —, le tabagisme et le diabète mal équilibré, dont la gestion périopératoire et le retentissement parodontal sont détaillés dans l'article DentoLink de médecine interne appliquée. S'y ajoutent les facteurs locaux prothétiques : excès de ciment, profils d'émergence convexes fermant l'accès aux brossettes, absence de muqueuse kératinisée péri-implantaire, qui, sans être un facteur causal démontré de péri-implantite, est associée à un inconfort au brossage et à une inflammation accrue lorsque sa hauteur est inférieure à deux millimètres.

Antécédent de parodontite

Facteur dominant. Stabilisation parodontale complète exigée avant implantation ; maintenance rapprochée à vie.

Tabac

Risque accru de péri-implantite et de moindre réponse au traitement. Sevrage à intégrer au plan de traitement.

Diabète déséquilibré

HbA1c élevée associée à un risque inflammatoire accru. Coordination avec le médecin traitant.

Compliance

L'irrégularité du suivi multiplie l'incidence de péri-implantite. Système de rappel actif indispensable.

Facteurs prothétiques

Ciment résiduel, sur-contours, embrasures fermées : facteurs iatrogènes corrigeables au fauteuil.

Muqueuse kératinisée

Hauteur inférieure à 2 mm : inconfort d'hygiène et inflammation accrue ; greffe à discuter au cas par cas.

7.2Fixer l'intervalle

Il n'existe pas d'intervalle universel validé par des essais randomisés, et il faut le reconnaître plutôt que d'asséner un chiffre dogmatique. La pratique consensuelle, cohérente avec les données de cohortes de Monje et de Roccuzzo, consiste à ne jamais dépasser six mois entre deux séances chez le patient implanté le plus favorable, et à resserrer à trois ou quatre mois dès qu'existent un antécédent de parodontite, un tabagisme, un diabète, des antécédents de mucosite récidivante ou une prothèse complexe. Le patient traité pour péri-implantite relève d'un suivi à trois mois au long cours. L'intervalle n'est pas figé : il se réévalue à chaque séance en fonction du saignement, de l'indice de plaque et de la stabilité radiographique, selon la même logique adaptative que la thérapeutique parodontale de soutien.

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Synthèse pratique

1

Documenter la référence : radiographie rétro-alvéolaire et sondage complet à la pose de la prothèse d'usage, conservés dans le dossier avec marque et connectique de l'implant.

2

Sonder tous les implants à chaque séance, en douceur, sur 4 à 6 sites : le saignement au sondage est le signal d'alarme le plus précoce et le plus fiable.

3

Diagnostiquer par comparaison aux valeurs initiales du patient, jamais sur une profondeur de sondage absolue isolée.

4

Traiter la mucosite immédiatement et complètement : hygiène personnelle, débridement, correction des facteurs prothétiques — sans antibiotiques, sans antiseptiques au long cours.

5

Privilégier l'aéropolissage aux poudres fines pour la décontamination de routine ; réserver curettes titane et ultrasons gainés aux dépôts calcifiés.

6

En péri-implantite, ne pas s'attarder sur un traitement non chirurgical inefficace : réévaluer à 6–8 semaines et passer à la chirurgie adaptée à la morphologie du défaut.

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Conditionner toute chirurgie au contrôle préalable de l'hygiène et des facteurs de risque, tabac et diabète en tête.

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Fixer un intervalle de maintenance individualisé — 3 à 6 mois — et le réévaluer à chaque séance ; savoir déposer un implant condamné pour préserver le capital osseux.

8.1Questions fréquentes

Peut-on sonder un implant avec une sonde métallique classique ?

Oui. Le sondage doux (environ 0,25 N) avec une sonde parodontale métallique est sans danger pour les tissus péri-implantaires et pour la surface implantaire. L'obligation historique de sondes plastiques n'est plus soutenue par les données actuelles.

Une profondeur de sondage de 6 mm signifie-t-elle une péri-implantite ?

Non, pas isolément. Un sondage profond stable, sans saignement ni perte osseuse évolutive, peut correspondre à un positionnement implantaire profond parfaitement sain. Le diagnostic exige saignement ou suppuration associés à une perte osseuse progressive documentée, ou les critères de rattrapage du consensus 2017 en l'absence de référence.

Faut-il prescrire des antibiotiques dans la péri-implantite ?

Pas en routine. La recommandation EFP S3 2023 ne retient pas l'antibiothérapie systémique adjuvante systématique, ses bénéfices inconstants ne justifiant pas le risque de résistance. Elle se discute au cas par cas dans les formes sévères progressives, jamais en monothérapie.

À quelle fréquence revoir un patient implanté sans facteur de risque ?

Au maximum tous les six mois. Cet intervalle se resserre à trois ou quatre mois en présence d'antécédent de parodontite, de tabagisme, de diabète, de mucosite récidivante ou après traitement d'une péri-implantite.

Que faire face à un patient implanté ailleurs, sans aucun dossier ?

Établir une nouvelle référence : radiographie rétro-alvéolaire d'entrée, sondage complet, photographies. Tenter d'identifier la connectique (radiographie comparative, plateformes d'identification) avant tout démontage. Remettre ensuite au patient un passeport implantaire pour l'avenir.

Références

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  3. Derks J, Tomasi C. Peri-implant health and disease: a systematic review of current epidemiology. J Clin Periodontol. 2015.Méta-analyse
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  5. Jepsen S, Berglundh T, et al. Primary prevention of peri-implantitis: managing peri-implant mucositis. J Clin Periodontol. 2015.Consensus
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  13. Lindhe J, Lang NP. Clinical Periodontology and Implant Dentistry. 6e édition, Wiley-Blackwell.Classique
Avertissement professionnel — Ce contenu est destiné exclusivement aux professionnels de santé bucco-dentaire à visée de formation continue. Il ne remplace ni le jugement clinique individuel, ni les recommandations officielles en vigueur, ni les résumés des caractéristiques du produit (RCP) des spécialités pharmaceutiques citées. Les protocoles décrits doivent être adaptés à chaque situation clinique et au cadre réglementaire applicable.
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