Adhésifs amélo-dentinaires : familles, composition, propriétés, présentations et conservation | DentoLink Blog
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Adhésifs amélo-dentinaires : familles, composition, propriétés, présentations et conservation

Familles, composition, conservation et choix des adhésifs amélo-dentinaires, avec un guide des 13 produits disponibles en Algérie.

Adhésifs amélo-dentinaires : familles, composition, propriétés, présentations et conservation
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Biomatériaux

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Le flacon d'adhésif est le produit le plus petit du plateau de dentisterie restauratrice, et probablement celui dont dépend le plus la durée de vie d'une restauration collée. Cet article décrit le produit lui-même : comment les systèmes adhésifs se classent, ce qu'ils contiennent et pourquoi, quelles propriétés conditionnent leur comportement dans le temps, comment les choisir parmi les présentations disponibles, et comment les conserver et les manipuler sans perdre leur efficacité ni exposer l'équipe. Le choix de la stratégie adhésive au fauteuil et le protocole d'application pas à pas font l'objet d'un article distinct consacré à l'adhésion amélo-dentinaire, auquel celui-ci renvoie plutôt que de le répéter[2][3].

1 Définition et classification des systèmes adhésifs

1.1 Ce qu'est un système adhésif

Un système adhésif amélo-dentinaire est un ensemble de solutions résineuses, acides ou non, qui prépare l'émail et la dentine, s'infiltre dans leurs porosités puis polymérise pour lier un matériau de restauration résineux à la dent. Le principe repose d'abord sur un ancrage micromécanique : l'acide crée des microporosités dans l'émail et déminéralise la dentine superficielle, la résine infiltre ces espaces et y forme, dans la dentine, une couche hybride associant collagène et polymère, décrite par Nakabayashi en 1982[10]. Certains monomères ajoutent une liaison chimique au calcium de l'hydroxyapatite, ce qui modifie profondément la durabilité de l'interface.

La difficulté tient à l'hétérogénéité des deux substrats. L'émail est très minéralisé et sec, ce qui en fait un substrat de collage fiable ; la dentine est humide, riche en collagène et traversée de tubules remplis de fluide. Un même produit doit donc être assez hydrophile pour mouiller la dentine et assez hydrophobe, une fois polymérisé, pour résister à l'eau. Toute l'histoire des adhésifs est celle de ce compromis[7].

1.2 La classification actuelle

La classification de référence, proposée par Van Meerbeek, distingue les systèmes selon leur traitement de la boue dentinaire et selon le nombre d'étapes cliniques[1][2]. Les systèmes à mordançage-rinçage éliminent la boue dentinaire par un acide phosphorique rincé ; les systèmes auto-mordançants la dissolvent et l'incorporent sans rinçage ; les adhésifs universels, apparus plus récemment, sont des auto-mordançants en une étape conçus pour être utilisés selon l'une ou l'autre stratégie.

FamilleÉtapes et flaconsParticularité
Mordançage-rinçage, trois étapesAcide phosphorique, primaire hydrophile en solvant, résine adhésive hydrophobe sans solvantRéférence historique de durabilité ; sensible à l'humidité dentinaire
Mordançage-rinçage, deux étapesAcide phosphorique, puis primaire et adhésif réunisPlus simple ; couche plus hydrophile, moins durable
Auto-mordançant, deux étapesPrimaire acide, puis résine adhésive hydrophobeTrès bons résultats cliniques pour les formulations douces au 10-MDP[8]
Auto-mordançant, une étapeMonomères acides, hydrophiles, hydrophobes, eau et solvant dans un flaconSimplicité maximale ; couche perméable après polymérisation[7]
Universel (multi-mode)Un flacon, utilisable seul, après mordançage sélectif de l'émail ou après mordançage totalSouvent monomère phosphaté ; parfois silane intégré

Les ciments résineux auto-adhésifs et les composites fluides dits auto-adhésifs intègrent la fonction adhésive au matériau lui-même. Ils ne sont pas des systèmes adhésifs au sens strict et leur adhésion reste inférieure à celle d'un adhésif appliqué séparément ; ils relèvent des articles consacrés à ces matériaux[2].

1.3 Pourquoi abandonner le vocabulaire des « générations »

La numérotation en générations, de la quatrième à la huitième, est issue de la communication commerciale. Elle n'est pas standardisée, varie d'un fabricant à l'autre et ne dit rien de la chimie du produit ni de ses résultats cliniques. Un adhésif de « septième génération » n'est pas supérieur à un système de « quatrième génération » ; c'est même souvent l'inverse pour la durabilité. Raisonner en familles et en protocoles permet de comparer des produits réellement comparables[1][2].

Point clé

On choisit une famille d'adhésif et un protocole, pas un numéro de génération ni un nom commercial. Deux produits de la même famille, utilisés selon le même protocole, sont bien plus proches l'un de l'autre que deux produits d'une même « génération »[2].

2 Composition : le rôle de chaque constituant

Un adhésif associe des agents de mordançage, des monomères fonctionnels et de réticulation, un ou plusieurs solvants, un système photo-initiateur et, selon les produits, des charges, un silane et des additifs. La revue de Van Landuyt, qui a analysé la composition déclarée de dizaines de produits, montre que chaque constituant a un rôle précis et une contrainte de manipulation correspondante[3].

2.1 Agents de mordançage et monomères acides

Dans les systèmes à mordançage-rinçage, l'acide est séparé : acide phosphorique à 30 à 40 %, présenté en gel coloré épaissi par de la silice, qui dissout les cristaux d'émail et déminéralise la dentine superficielle. Dans les auto-mordançants, ce rôle est tenu par des monomères acides, esters phosphoriques ou carboxyliques de méthacrylates, qui déminéralisent et s'infiltrent simultanément. Cette simultanéité est l'avantage principal des auto-mordançants : la résine atteint en principe toute la profondeur déminéralisée, ce qui limite le collagène nu laissé sous la couche hybride[3][6].

2.2 Les monomères fonctionnels à liaison chimique

Le 10-MDP, pour 10-méthacryloyloxydécyl dihydrogénophosphate, est le monomère fonctionnel le mieux documenté. Il forme avec le calcium de l'hydroxyapatite des sels stables et peu solubles, organisés en nanocouches (nano-layering) décrites par Yoshida et son équipe[4]. Cette liaison chimique explique en grande partie la durabilité des auto-mordançants doux qui le contiennent. D'autres monomères fonctionnels existent, comme le 4-META ou le phényl-P, avec une liaison au calcium moins stable.

La présence du mot « MDP » sur une notice ne garantit pas pour autant une performance équivalente : la pureté du monomère varie selon les procédés de synthèse des fabricants, et des impuretés réduisent la formation des nanocouches et l'adhérence[5]. C'est l'une des raisons pour lesquelles les résultats d'un produit ne se transposent pas automatiquement à un autre de composition apparemment identique.

10-MDP

Liaison chimique au calcium, nanocouches stables ; monomère de référence pour la durabilité, à pureté variable selon le fabricant[4][5].

HEMA

Améliore la mouillabilité de la dentine humide, mais absorbe l'eau, favorise l'hydrolyse et constitue un allergène majeur[3][12].

Bis-GMA, UDMA, TEGDMA, Bis-EMA

Monomères de réticulation hydrophobes qui donnent sa résistance au film polymérisé[3].

Solvants

Eau, éthanol, acétone : transportent les monomères puis doivent être évaporés avant la polymérisation[3].

Photo-initiateurs

Camphorquinone et amine vers 470 nm ; initiateurs alternatifs vers 400 nm exigeant une lampe émettant dans le violet[3].

Charges et silane

Silice nanométrique pour un film plus épais ; silane de certains universels destiné aux céramiques vitreuses[3].

2.3 Monomères hydrophiles et de réticulation

L'HEMA, 2-hydroxyéthyl méthacrylate, améliore la mouillabilité et la pénétration du produit dans la dentine humide, et limite la séparation de phases entre eau et monomères hydrophobes dans les flacons uniques. Son revers est double : il reste hydrophile une fois polymérisé, ce qui favorise l'absorption d'eau et l'hydrolyse, et il est l'un des principaux allergènes de contact en cabinet dentaire. Les monomères de réticulation hydrophobes, Bis-GMA, UDMA, TEGDMA et Bis-EMA, construisent au contraire le réseau résistant du film. Le rapport entre les deux familles détermine l'équilibre entre mouillabilité immédiate et stabilité à long terme[3][7].

2.4 Solvants

L'eau est indispensable aux auto-mordançants, car elle permet l'ionisation des monomères acides ; sans eau, pas de mordançage. L'éthanol et l'acétone facilitent la pénétration des monomères et chassent l'eau résiduelle de la dentine. L'acétone, très volatile, impose de refermer le flacon immédiatement après chaque prélèvement. Dans tous les cas, le solvant doit être évaporé avant la polymérisation : un solvant résiduel laisse une couche poreuse et faible, et contribue à la sensibilité post-opératoire[3][7].

2.5 Photo-initiateurs

La camphorquinone associée à une amine tertiaire absorbe autour de 470 nm, ce qui la rend compatible avec toutes les lampes à LED bleues. Certains produits utilisent des initiateurs alternatifs, de type TPO ou dérivés du germanium, qui absorbent autour de 400 nm. Ces initiateurs ne sont activés efficacement que par une lampe émettant aussi dans le violet, dite polywave. Associer un tel adhésif à une lampe monospectrale bleue donne une polymérisation incomplète, sans aucun signe visible au moment du soin[3][14].

2.6 Charges, silane et additifs

Certains adhésifs contiennent des charges nanométriques de silice, qui donnent un film plus épais et plus résistant au prix d'une viscosité accrue. Plusieurs universels intègrent un silane destiné au collage sur céramique vitreuse ; son efficacité dans un milieu acide et aqueux diminue avec le temps de stockage, par hydrolyse et condensation du silane dans le flacon. D'autres additifs sont annoncés, fluorure, chlorhexidine ou glutaraldéhyde à visée désensibilisante, sans effet clinique démontré de façon constante[3][9].

Piège de composition

Compter sur le silane d'un adhésif universel pour coller une céramique vitreuse, surtout après des mois d'ouverture du flacon, expose à un collage faible. Pour la céramique, un silane séparé reste la solution la plus sûre[2][3].

3 Acidité, couche hybride et hydrophilie

3.1 L'acidité des auto-mordançants

Les auto-mordançants se classent selon leur pH[6]. Cette acidité détermine à la fois la profondeur d'interaction avec la dentine, la qualité du mordançage de l'émail et la possibilité d'une liaison chimique.

CatégoriepHConséquence pratique
Ultra-douxSupérieur à 2,5Interaction de quelques centaines de nanomètres ; mordançage de l'émail très faible
Doux (mild)Environ 2Hydroxyapatite conservée autour du collagène, liaison chimique possible du 10-MDP
IntermédiaireEnviron 1,5Profil intermédiaire entre doux et fort
Fort (strong)Inférieur ou égal à 1Déminéralisation proche d'un mordançage à l'acide phosphorique ; liaison chimique réduite

Les auto-mordançants doux sont ceux qui obtiennent les meilleurs résultats sur dentine, car ils laissent assez d'hydroxyapatite pour que le 10-MDP s'y lie. Leur mordançage de l'émail non préparé est en revanche faible, ce qui justifie le mordançage sélectif de l'émail à l'acide phosphorique décrit dans l'article consacré à l'adhésion amélo-dentinaire[6][8].

3.2 Épaisseur de la couche hybride

Après mordançage-rinçage, la couche hybride mesure environ 3 à 5 µm ; avec un auto-mordançant doux, elle est inférieure à 1 µm. Cette différence a longtemps été interprétée comme un avantage des systèmes à mordançage-rinçage. Elle ne l'est pas : l'épaisseur ne prédit pas la durabilité. Une couche fine, entièrement infiltrée et chimiquement liée, se dégrade moins qu'une couche épaisse dont la base contient du collagène déminéralisé mal infiltré[6][10].

3.3 Hydrophilie et comportement de membrane

Les adhésifs en une étape, riches en eau et en HEMA, restent perméables après polymérisation. Tay et Pashley ont montré qu'ils se comportent comme des membranes semi-perméables, laissant passer l'eau depuis la dentine vers l'interface avec le composite[7]. Cette perméabilité favorise l'hydrolyse de la résine et la formation de gouttelettes d'eau à l'interface. Elle explique pourquoi une couche hydrophobe supplémentaire, ou au minimum une double application avec évaporation soigneuse du solvant, améliore le comportement de ces produits.

3.4 Mécanismes de dégradation dans le temps

L'interface adhésive se dégrade par deux voies qui se renforcent. La résine, surtout sa fraction hydrophile, s'hydrolyse ; le collagène exposé et mal protégé est dégradé par des enzymes dentinaires endogènes, métalloprotéinases matricielles et cathepsines, activées notamment par le mordançage acide. La liaison à l'émail, dépourvue de collagène, est de loin la plus durable. D'où le principe clinique constant : conserver l'émail périphérique partout où c'est possible[1][9].

4 Durabilité de l'interface : ce que montrent les preuves

4.1 Les lésions cervicales non carieuses comme modèle clinique

Les lésions cervicales non carieuses sont le modèle de référence pour tester les adhésifs en clinique : elles n'ont pas de rétention mécanique, leur marge associe émail et dentine souvent sclérotique, et la perte de la restauration traduit directement l'échec du collage. La revue systématique de Peumans et collaborateurs, qui compile les essais sur ce modèle, montre que les meilleurs taux de rétention à long terme sont obtenus avec les systèmes à mordançage-rinçage en trois étapes et les auto-mordançants doux en deux étapes contenant du 10-MDP[8]. Les universels appliqués après mordançage sélectif de l'émail s'en rapprochent, avec un recul encore plus court.

4.2 Adhérence immédiate et comportement clinique

Les valeurs d'adhérence mesurées en laboratoire quelques heures après le collage, souvent mises en avant dans la documentation commerciale, ne prédisent pas la rétention clinique à long terme. Les protocoles de vieillissement artificiel (stockage dans l'eau, thermocyclage) rapprochent un peu les résultats de laboratoire de la réalité, sans la remplacer. Un produit récent, même excellent in vitro, n'a pas encore fait la preuve de sa durabilité tant qu'il n'a pas été suivi plusieurs années en bouche[1][8].

4.3 Inhibiteurs enzymatiques : une piste encore débattue

L'application de chlorhexidine à 2 % sur la dentine mordancée, ou l'incorporation d'inhibiteurs enzymatiques dans l'adhésif, a été proposée pour ralentir la dégradation du collagène. Les effets observés en laboratoire sont réels, mais la méta-analyse de Montagner et collaborateurs porte essentiellement sur des données in vitro, et le bénéfice clinique à long terme n'est pas établi[9]. Il s'agit d'une piste de recherche, pas d'une étape à ajouter systématiquement au protocole.

Niveau de preuve

La hiérarchie des familles repose sur des essais cliniques et des revues systématiques de qualité modérée, principalement sur lésions cervicales non carieuses. Le bénéfice des additifs (chlorhexidine, désensibilisants, fluorure) et la durabilité à long terme des universels les plus récents restent insuffisamment documentés[8][9].

5 Compatibilités et incompatibilités

5.1 Adhésifs simplifiés et matériaux à prise chimique

Les monomères acides des adhésifs simplifiés, mordançage-rinçage en deux étapes et auto-mordançants en une étape, neutralisent les amines tertiaires qui amorcent la prise des composites chimiopolymérisables et duaux. S'y ajoute la perméabilité de la couche adhésive, qui laisse l'eau s'accumuler à l'interface. Suh et collaborateurs ont décrit ce double mécanisme d'incompatibilité[11]. Le résultat clinique est un décollement d'un composite de reconstitution, d'un tenon ou d'une restauration indirecte collée au ciment dual, là où la lumière n'atteint pas. La parade consiste à utiliser l'activateur dual prévu par le fabricant ou un système déclaré compatible avec la prise chimique.

5.2 Eugénol, hypochlorite et peroxydes

L'eugénol résiduel, apporté par les ciments provisoires ou certains ciments d'obturation canalaire, inhibe la polymérisation radicalaire des adhésifs. L'hypochlorite de sodium et le peroxyde d'hydrogène résiduels, après un traitement endodontique ou un blanchiment, laissent des radicaux oxydants qui perturbent la polymérisation de la même manière. Dans ces situations, la surface doit être nettoyée, rafraîchie ou le collage différé, selon les modalités détaillées dans l'article consacré à la restauration de la dent dépulpée[2][14].

5.3 Lampe de polymérisation et photo-initiateur

La compatibilité entre la lampe du cabinet et l'initiateur de l'adhésif est une question de spectre autant que de puissance. Avant d'adopter un nouvel adhésif, il faut vérifier sur la notice le spectre requis et le comparer à celui de la lampe disponible. Une lampe bleue monospectrale reste compatible avec les produits à camphorquinone, qui constituent encore la majorité de l'offre[3][14].

5.4 Épaisseur de film et restaurations indirectes

Le film d'un adhésif non chargé mesure de l'ordre de 5 à 20 µm, davantage pour un adhésif chargé ou mal soufflé. Sous une restauration indirecte, un film épais photopolymérisé avant l'insertion peut empêcher l'assise complète de la pièce. Les choix d'assemblage des restaurations fixées, y compris la polymérisation ou non de l'adhésif avant insertion, sont traités dans l'article consacré au scellement et au collage en prothèse fixée[2][14].

Problème fréquent

Un faux-moignon en composite dual se décolle quelques semaines après sa mise en place, alors que le collage coronaire semblait parfait au fauteuil[11].

Solution

Vérifier la compatibilité entre l'adhésif utilisé et la prise chimique du composite : avec un auto-mordançant en une étape, ajouter l'activateur dual du même fabricant ou changer pour un système déclaré compatible avec les matériaux chimiopolymérisables[11].

6 Adhésifs disponibles en Algérie : fiches produits et choix

Les familles décrites plus haut se retrouvent concrètement dans les références proposées par les distributeurs algériens. Cette section passe en revue treize adhésifs relevés dans des catalogues de distributeurs en septembre 2026[28], classés par famille, puis propose une grille de choix selon la situation clinique. Les données de composition et de protocole proviennent des notices et documents techniques des fabricants ; elles ne constituent pas une comparaison clinique entre produits, qui n'existe pas pour la plupart d'entre eux. Les produits sont présentés à égalité, sans hiérarchie commerciale[14].

6.1 Vue d'ensemble des références

Le tableau ci-dessous situe chaque produit dans sa famille et résume les trois caractéristiques qui conditionnent le plus son usage : le monomère fonctionnel, le solvant et la compatibilité avec les matériaux à prise chimique. Une case « non publié » signifie que l'information n'apparaît pas dans la documentation du fabricant consultée, pas qu'elle est absente du produit[14].

Produit (fabricant)FamilleMonomère fonctionnelSolvantPrise chimique
Stae (SDI)Mordançage-rinçage, 2 étapesNon publiéAcétone et eauNon indiquée
EsBond (Spident)Mordançage-rinçage, 2 étapesNon publiéAcétoneNon indiquée
Te-Econom Bond (Ivoclar)Mordançage-rinçage, 2 étapesNon publié (contient HEMA)AlcoolContre-indiquée
GLUMA 2Bond (Kulzer)Mordançage-rinçage, 2 étapesNon publié (glutaraldéhyde)Non publiéNon indiquée
Bond 2.1 (Maquira)Mordançage-rinçage, 2 étapesNon publiéÉthanolNon indiquée
Solobond M (VOCO)Mordançage-rinçage, 2 étapesNon publiéNon publiéPhotopolymérisables seulement
OliEtch BOND (Olident)Auto-mordançant, 1 étapeNon publiéSans solvant (fabricant)Photopolymérisables seulement
Single Bond Universal (3M, Solventum)Universel10-MDP (contient HEMA, silane)Éthanol et eauAvec activateur dual
Clearfil Universal Bond Quick (Kuraray Noritake)Universel10-MDP (contient HEMA, silane)Éthanol et eauAvec activateur dual
Iperbond Max (Itena)Universel10-MDP et 4-METANon publiéColles duales admises (fabricant)
GLUMA Bond Universal (Kulzer)Universel10-MDP et 4-META (sans HEMA ni silane)Acétone et eauSans activateur (fabricant)
Zipbond (SDI)Universel10-MDP (sans HEMA)Non publiéNon indiquée
G2-BOND Universal (GC)Universel à deux flacons10-MDP, 4-MET, MDTP (sans HEMA)Eau et acétone (primaire) ; aucun (bond)Photopolymérisation requise

6.2 Mordançage-rinçage en deux étapes

C'est la famille la plus représentée sur le marché et la plus ancienne des six présentes ici, souvent appelée « cinquième génération ». Tous ces produits exigent un mordançage préalable à l'acide phosphorique, un rinçage et une dentine laissée humide ; leur couche, qui réunit primaire et adhésif, est plus hydrophile et moins durable que celle d'un système en trois étapes[1][8]. Leur intérêt réside dans leur coût, leur excellente adhésion à l'émail mordancé et une manipulation connue de la plupart des praticiens. Leur principale exigence est la gestion de l'humidité dentinaire, dont dépend une grande part de la sensibilité post-opératoire[7].

Stae — SDI

Acétone et eau · sans Bis-GMA · libère du fluorure

Protocole du fabricant : acide phosphorique à 37 % pendant 20 secondes, rinçage en laissant la dentine humide, application jusqu'à saturation, jet d'air doux de 2 secondes, photopolymérisation de 10 secondes. L'eau du solvant réhumidifie une dentine trop séchée, ce qui rend le produit un peu plus tolérant ; l'acétone impose en revanche de refermer le flacon immédiatement. Réparations sur céramique possibles après un silane séparé[15].

EsBond — Spident

Acétone · collage humide

Protocole indiqué : mordançage de 15 secondes, rinçage de 10 secondes, excès d'eau retiré sans dessécher, deux à trois couches pendant 15 secondes, jet d'air de 5 secondes, photopolymérisation de 10 à 20 secondes. Adhésif acétonique typique : très bonne pénétration sur dentine humide, grande sensibilité à l'évaporation du flacon. Pour le collage de pièces indirectes annoncé par le distributeur, la compatibilité avec une colle duale n'est pas documentée[27].

Te-Econom Bond — Ivoclar

HEMA · méthacrylates · charges · solution alcoolique

Utilisé avec le gel Eco-Etch (acide phosphorique à 37 %) : 30 secondes sur l'émail, 15 secondes sur la dentine. L'adhésif est brossé 10 secondes, le solvant évaporé à l'air doux, puis photopolymérisé 20 secondes. Conservation entre 2 et 28 °C. La notice le contre-indique explicitement avec les composites autopolymérisables : il ne doit pas servir sous un composite de reconstitution chimique[16].

GLUMA 2Bond — Kulzer

Nanocharges · glutaraldéhyde (agent désensibilisant)

Après mordançage au gel GLUMA Etch et rinçage, une seule couche suffit selon le fabricant, sans frottement prolongé, suivie d'un séchage à l'air. L'intégration du glutaraldéhyde vise la sensibilité post-opératoire ; le bénéfice clinique des désensibilisants intégrés reste inconstant dans la littérature. Indications directes et indirectes, sans précision publiée sur la prise chimique[17][9].

Bond 2.1 — Maquira

Éthanol · primaire et adhésif en un flacon

Adhésif monocomposant à l'éthanol, à appliquer en plusieurs couches après mordançage acide selon le fabricant. L'éthanol est moins volatil que l'acétone, ce qui rend le flacon un peu moins sensible à l'évaporation. Le fabricant cite aussi le collage de tenons et de prothèses avec une colle résineuse ; la compatibilité avec la prise chimique n'est pas précisée dans les documents consultés[26].

Solobond M — VOCO

Monocomposant photopolymérisable

Un mordançage séparé est obligatoire (gel Vococid fourni dans le coffret), puis une application unique ; le distributeur indique un temps d'action d'environ 30 secondes et une photopolymérisation d'environ 20 secondes. Le fabricant le réserve aux restaurations directes avec des matériaux photopolymérisables. Adhérence annoncée de 28 à 32 MPa, valeur de laboratoire qui ne préjuge pas de la durabilité clinique[25][28].

6.3 Auto-mordançant en une étape

OliEtch BOND — Olident

« Septième génération » · sans solvant selon le fabricant

Mordançage, conditionnement et adhésion en une seule couche : frotter 30 secondes sur émail et dentine humides, jet d'air de 10 secondes, photopolymérisation de 10 secondes. Le fabricant ne publie ni le pH ni le monomère fonctionnel. Réservé aux composites photopolymérisables[22].

Cette famille est la plus simple mais aussi celle dont la couche reste la plus perméable et dont la durabilité est la plus faible dans les essais cliniques[7][8]. Faute de pH publié, on ne peut pas savoir si l'émail non préparé sera mordancé correctement ; par prudence, un mordançage sélectif de l'émail à l'acide phosphorique avant l'application reste raisonnable, sous réserve que la notice ne le déconseille pas[6]. Ce type de produit trouve sa place dans les cavités de petite taille, chez l'enfant ou quand la rapidité prime, plutôt que dans les grandes restaurations postérieures.

6.4 Adhésifs universels

Les universels se distinguent entre eux surtout par trois points : la présence ou non d'HEMA, l'acidité, et la compatibilité avec les matériaux à prise chimique. Utilisés après mordançage sélectif de l'émail, ils se rapprochent des meilleures familles, avec un recul clinique plus court[8][2].

Single Bond Universal — 3M (Solventum)

10-MDP · copolymère Vitrebond · HEMA · silane · pH 2,7

Frotter 20 secondes, sécher à l'air, photopolymériser 10 secondes. Son pH de 2,7 le classe parmi les ultra-doux : le mordançage sélectif de l'émail est particulièrement utile. L'activateur dual DCA est nécessaire avec les matériaux chimio ou dual-polymérisables. Conservation entre 2 et 25 °C, deux ans. Le fabricant commercialise désormais aussi une version plus récente, Scotchbond Universal Plus[19].

Clearfil Universal Bond Quick — Kuraray Noritake

10-MDP · monomères amides · HEMA · silane · fluorure · éthanol et eau

Application en frottant sans temps d'attente, séchage 5 secondes, photopolymérisation 10 secondes ; en mordançage total ou sélectif, acide phosphorique 10 secondes. Film de 5 à 10 µm, favorable sous les pièces indirectes. Activateur DC nécessaire avec les matériaux duaux, sauf certains produits du même fabricant[20].

Iperbond Max — Itena

10-MDP et 4-META · pH entre 2 et 2,5

Auto-mordançant doux : 20 secondes de contact, séchage à l'air, photopolymérisation 10 secondes ; mordançage de l'émail recommandé par le fabricant. Pas de réfrigération nécessaire. Le fabricant admet les colles photo ou dual-polymérisables pour les pièces indirectes, sans préciser dans les documents consultés si un activateur est requis ; à vérifier sur la notice avant un collage dual[24].

GLUMA Bond Universal — Kulzer

10-MDP et 4-META · sans HEMA ni silane · acétone et eau · pH 1,6 à 1,8

Acidité intermédiaire, donc meilleur mordançage de l'émail que la plupart des universels, mais liaison chimique du 10-MDP moins favorisée qu'avec un produit doux. Le fabricant annonce une compatibilité avec tous les composites quel que soit leur mode de prise, sans activateur. L'absence de silane impose un silane séparé pour la céramique vitreuse. Solvant acétonique : flacon à refermer aussitôt[18].

Zipbond — SDI

10-MDP et monomère adhésif propriétaire · sans HEMA · charges · fluorure

Utilisable en auto-mordançage, mordançage sélectif ou total. Film d'environ 8 µm. L'absence d'HEMA vise une couche moins hydrophile et un risque allergique moindre. Le solvant, le pH et les temps d'application ne figurent pas dans les documents publics consultés ; se reporter à la notice livrée avec le produit[23].

6.5 Universel à deux flacons

G2-BOND Universal — GC

Primaire : 4-MET, 10-MDP, MDTP, eau, acétone, pH environ 1,5 · Bond : hydrophobe, sans HEMA ni solvant

Primaire appliqué 10 secondes, séché 5 secondes à pression maximale, puis couche de bond hydrophobe, dispersée à l'air doux et photopolymérisée 10 secondes. Film épais d'environ 35 µm, à prendre en compte sous une pièce indirecte. Le fabricant réserve l'usage aux matériaux photopolymérisés ou dont la composante lumineuse est activée. Le silane reste séparé pour la céramique[21].

Par sa structure, primaire acide puis couche hydrophobe sans solvant, ce produit reprend le principe des auto-mordançants en deux étapes, la famille la mieux documentée en clinique[8]. Cette parenté est un argument théorique : le recul clinique propre à ce produit reste plus court que celui des systèmes historiques de la famille.

6.6 Grille de choix selon la situation clinique

La grille suivante part de la situation clinique et désigne, parmi les treize références disponibles en Algérie, un premier choix, une alternative et les produits à éviter. Elle ne classe pas les marques entre elles : elle applique aux produits de la liste les principes établis plus haut (famille, acidité, présence d'HEMA, compatibilité avec la prise chimique, silane). À famille égale, la maîtrise du protocole compte davantage que la marque[8][14][28].

Situation cliniquePremier choixAlternativeÀ éviter ou précaution
Composite postérieur courant, cavité moyenneUniversel doux au 10-MDP en mordançage sélectif de l'émail : Iperbond Max, Clearfil Universal Bond Quick, Single Bond Universal[20][24][19]G2-BOND Universal ; Zipbond[21][23]Tout-en-un appliqué en une seule couche fine sans mordançage de l'émail[7]
Cavité profonde, dent sensible avant le soinG2-BOND Universal (couche hydrophobe sans solvant) ou universel doux en mordançage sélectif, sans acide sur la dentine[21][6]Iperbond Max, Clearfil Universal Bond Quick[24][20]Mordançage total prolongé et dentine desséchée avec un adhésif de mordançage-rinçage[7]
Lésion cervicale non carieuse, dentine sclérotiqueRafraîchissement de la dentine, mordançage sélectif de l'émail puis G2-BOND Universal ou universel doux au 10-MDP[8][21]Iperbond Max, Clearfil Universal Bond Quick, Single Bond Universal[24][20][19]OliEtch BOND seul sur dentine sclérotique brillante non préparée[22][8]
Émail étendu non préparé : facette directe, attache orthodontique, scellementMordançage total de l'émail puis adhésif de mordançage-rinçage : Stae, Te-Econom Bond, EsBond, Bond 2.1, GLUMA 2Bond, Solobond M[15][16]Tout universel utilisé en mordançage total[2]Auto-mordançant sans acide phosphorique sur l'émail non taillé[6]
Composite de reconstitution dual ou chimique, tenon fibréSingle Bond Universal avec activateur DCA, Clearfil Universal Bond Quick avec DC Activator[19][20]GLUMA Bond Universal, déclaré compatible sans activateur par le fabricant[18]Te-Econom Bond (contre-indiqué), OliEtch BOND, Solobond M et G2-BOND Universal (réservés aux matériaux photopolymérisés)[16][22][25][21]
Scellement dentinaire immédiat avant empreinte d'une pièce colléeG2-BOND Universal, indiqué par le fabricant pour cet usage[21]Clearfil Universal Bond Quick, dont le film de 5 à 10 µm gêne peu l'insertion[20]Film épais non contrôlé sous une pièce à faible espace de collage[2]
Collage d'une pièce en zircone ou en métalUniversel au 10-MDP en complément du protocole de collage prothétique : Clearfil Universal Bond Quick, Single Bond Universal, Iperbond Max, Zipbond, GLUMA Bond Universal[20][19][18]Primaire de G2-BOND Universal (10-MDP et MDTP pour les métaux précieux)[21]Adhésifs de mordançage-rinçage sans monomère phosphaté déclaré[14]
Collage ou réparation sur céramique vitreuseSilane séparé, puis n'importe quel adhésif de la liste[2][3]Silane intégré de Single Bond Universal ou de Clearfil Universal Bond Quick, seulement avec un flacon récent[19][20]GLUMA Bond Universal et G2-BOND Universal sans silane séparé : ils n'en contiennent pas[18][21]
Réparation intra-orale d'un compositeRugosification, silane, puis universel : Single Bond Universal, Clearfil Universal Bond Quick, GLUMA Bond Universal[19][20][18]G2-BOND Universal après silane[21]Composite neuf sur surface ancienne simplement nettoyée[14]
Isolation difficile, champ peu contrôlableUniversel à application courte, sans temps d'attente : Clearfil Universal Bond Quick[20]Stae, dont l'eau du solvant tolère mieux une dentine un peu trop séchée[15]Adhésifs acétoniques sur dentine desséchée ; OliEtch BOND en grande cavité[7]
Enfant, petite cavité, temps de fauteuil limitéClearfil Universal Bond Quick[20]OliEtch BOND, avec mordançage sélectif de l'émail si la notice ne s'y oppose pas[22][6]Protocoles multi-étapes inadaptés à la coopération de l'enfant[14]
Allergie connue ou suspectée à l'HEMA (patient ou assistante)Produits sans HEMA : Zipbond, GLUMA Bond Universal, G2-BOND Universal[23][18][21]Avis allergologique pour identifier le monomère en cause[12]Te-Econom Bond, Single Bond Universal, Clearfil Universal Bond Quick (contiennent de l'HEMA)[16][19][20]
Cabinet en région chaude, flacon utilisé lentementProduits à conservation documentée sans réfrigération : Iperbond Max, Single Bond Universal (2 à 25 °C), Te-Econom Bond (2 à 28 °C)[24][19][16]Petits flacons renouvelés souvent[14]Grands flacons d'adhésifs acétoniques ouverts depuis des mois : Stae, EsBond, GLUMA Bond Universal, primaire G2-BOND[3][14]
Budget contraint, pratique couranteMordançage-rinçage en deux étapes avec collage humide rigoureux : Te-Econom Bond, Bond 2.1, EsBond, Stae[16][26][27][15]Un seul universel doux pour toutes les indications, qui évite d'acheter plusieurs produits[8]Économiser en transvasant ou en utilisant un flacon périmé[14]

Lue dans l'autre sens, la même information donne le profil de chaque produit : ce qu'il fait bien, sa limite principale et la place où il est le plus utile. Ce tableau aide à décider quel flacon garder au cabinet plutôt qu'à choisir au cas par cas[14][28].

ProduitPoint fortLimite principaleMeilleure place
StaeEau et acétone, tolérance à une dentine un peu sèche, sans Bis-GMA[15]Mordançage-rinçage : couche plus hydrophile, flacon sensible à l'évaporationÉmail étendu, pratique économique
EsBondBonne pénétration en collage humide[27]Acétone, compatibilité avec la prise chimique non documentéeRestaurations directes photopolymérisées
Te-Econom BondProtocole simple et documenté, conservation jusqu'à 28 °C[16]Contre-indiqué avec les composites autopolymérisablesComposites directs, budget contraint
GLUMA 2BondUne seule couche, glutaraldéhyde intégré[17]Bénéfice clinique du désensibilisant intégré inconstant[9]Restaurations directes chez le patient sujet à la sensibilité
Bond 2.1Éthanol, moins volatil que l'acétone[26]Plusieurs couches nécessaires, données publiques limitéesPratique courante économique
Solobond MApplication unique, gel de mordançage fourni[25]Réservé aux matériaux photopolymérisablesRestaurations directes toutes classes
OliEtch BONDUne couche, pas de rinçage, pas d'évaporation annoncée[22]pH et monomère non publiés, famille la moins durable[8]Petites cavités, enfant
Single Bond Universal10-MDP, silane, activateur dual disponible[19]pH 2,7 : mordançage sélectif de l'émail indispensable, contient de l'HEMAAdhésif polyvalent du cabinet
Clearfil Universal Bond QuickSans temps d'attente, film de 5 à 10 µm, activateur dual[20]Contient de l'HEMAPolyvalence, isolation difficile, collage indirect
Iperbond Max10-MDP et 4-META, pH doux, sans réfrigération[24]Solvant et besoin d'activateur non publiésComposite postérieur courant
GLUMA Bond UniversalSans HEMA, compatibilité annoncée avec toutes les prises[18]pH 1,6 à 1,8, sans silane, solvant acétoniqueReconstitutions et collages mixtes, allergie à l'HEMA
Zipbond10-MDP, sans HEMA, film fin[23]Protocole et solvant non publiés en ligneRestaurations directes, allergie à l'HEMA
G2-BOND UniversalCouche hydrophobe sans HEMA ni solvant, principe des deux étapes[21]Deux flacons, film de 35 µm, photopolymérisation requiseCavités profondes, lésions cervicales, scellement dentinaire immédiat

Kit minimal conseillé

Pour couvrir presque toutes les situations sans multiplier les flacons, un cabinet peut s'équiper d'un universel doux au 10-MDP avec son activateur dual, d'un gel d'acide phosphorique pour le mordançage sélectif de l'émail et d'un silane séparé. Un adhésif de mordançage-rinçage économique reste utile en complément pour les grandes surfaces d'émail. Le choix de la marque, au sein de ces familles, relève de la disponibilité et de l'habitude[8][14].

Piège de choix

Utiliser un adhésif de mordançage-rinçage en deux étapes ou un tout-en-un sous un composite de reconstitution chimique, sans vérifier la notice, expose au décollement du faux-moignon. Te-Econom Bond est explicitement contre-indiqué dans cette situation par son fabricant[11][16].

6.7 Flacon, unidose et critères d'achat

Toutes les références relevées sont vendues en flacon de 4 à 6 mL. Le flacon multidose est économique, mais le solvant s'évapore à chaque ouverture, surtout avec les adhésifs acétoniques (Stae, EsBond, GLUMA Bond Universal, primaire G2-BOND) ; un petit flacon consommé en quelques mois vaut mieux qu'un grand flacon entamé depuis un an[3][14]. À l'achat, les critères à vérifier sur la notice sont la famille, le monomère fonctionnel, le solvant, le spectre de l'initiateur, la compatibilité avec la prise chimique, la présence d'un silane et la température de conservation. Plutôt que de multiplier les produits, un cabinet gagne à retenir un universel doux au 10-MDP pour la pratique courante, complété, si nécessaire, par l'activateur dual du même fabricant[5][8].

Piège de gestion

Changer d'adhésif après chaque échec ou sensibilité post-opératoire empêche d'identifier l'erreur de protocole, qui est de loin la cause la plus fréquente. Réviser le protocole avant de changer de produit[8].

7 Conservation et signes d'altération

7.1 Température et évaporation du solvant

Les adhésifs sont sensibles à la chaleur, qui accélère l'évaporation du solvant et la dégradation des monomères et du silane. De nombreux produits se conservent entre 2 et 25 °C ; certains exigent le réfrigérateur. Un adhésif réfrigéré doit revenir à température ambiante avant l'emploi pour retrouver sa viscosité normale. Le flacon est refermé immédiatement après chaque prélèvement, jamais laissé ouvert pendant la séance[14].

7.2 Protection contre la lumière

La lumière ambiante et celle du scialytique suffisent à amorcer la polymérisation en quelques minutes. L'adhésif est donc prélevé dans un godet opaque ou couvert, à distance du scialytique, et appliqué rapidement. Une goutte prélevée en début de préparation et utilisée dix minutes plus tard n'a plus les propriétés attendues[14].

1

À la réception : contrôler la date de péremption et la consistance du lot, noter la date d'ouverture sur le flacon[14].

2

Au stockage : respecter la température de la notice, loin de toute fenêtre, de l'autoclave et des sources de chaleur[14].

3

Au prélèvement : produit revenu à température ambiante, godet opaque, flacon refermé aussitôt[14].

4

Avant chaque usage : vérifier l'aspect, la fluidité et l'odeur de solvant ; éliminer tout produit suspect[3][14].

7.3 Reconnaître un adhésif altéré

Un adhésif devenu visqueux, trouble, présentant une séparation de phases ou ayant perdu l'odeur caractéristique de son solvant ne doit plus être utilisé. Ces signes traduisent l'évaporation du solvant ou une polymérisation partielle dans le flacon ; le produit ne s'infiltre plus correctement dans la dentine. Le transvasement dans un autre flacon, parfois pratiqué pour économiser le produit, est à proscrire : il accélère l'évaporation, expose à la lumière et fait perdre la traçabilité du lot[3][14].

7.4 Contexte algérien : approvisionnement et chaleur

Les six familles d'adhésifs sont représentées dans l'offre des distributeurs algériens, avec treize références relevées dans leurs catalogues en septembre 2026 et détaillées à la section 6[28]. Les prix, la régularité de l'approvisionnement et les délais n'ont pas été vérifiés et varient dans le temps ; aucun fabricant local d'adhésif n'a été identifié. Cette situation plaide pour la maîtrise d'un protocole avec une famille disponible durablement plutôt que pour des changements fréquents de produit au gré des arrivages.

Deux risques propres au contexte méritent une vigilance particulière. Le premier concerne la chaîne d'approvisionnement : les produits peuvent séjourner longtemps en stock et subir des températures élevées pendant le transport, ce qui impose de vérifier la date de péremption et la consistance à l'achat et d'éviter d'acheter en grande quantité un adhésif proche de sa péremption. Le second concerne le cabinet lui-même : dans les régions à forte chaleur estivale, en particulier dans le Sud, les flacons sont conservés au réfrigérateur lorsque la notice l'autorise, ou à défaut dans la zone la plus fraîche du cabinet[14].

8 Sécurité de l'équipe et du patient

8.1 Allergie aux méthacrylates chez le personnel

Les méthacrylates non polymérisés, en particulier l'HEMA et les monomères acides, sont une cause majeure de dermatite de contact allergique et d'eczéma des doigts chez les chirurgiens-dentistes et les assistantes[12]. Les gants en latex et en nitrile fin ne protègent que quelques minutes contre la pénétration de ces petits monomères[13]. La prévention repose sur l'évitement de tout contact cutané : ne pas manipuler à mains nues les pinceaux, godets ou compules souillés, changer de gants dès une contamination, ne pas réutiliser un gant après avoir touché l'adhésif. Une sensibilisation, une fois installée, est définitive et peut contraindre à une reconversion professionnelle.

8.2 Le patient

La réaction allergique aux méthacrylates chez le patient est rare mais documentée. L'anamnèse recherche une allergie connue aux acrylates et, de façon plus pratique, une réaction aux ongles artificiels ou aux gels de manucure, qui sont aujourd'hui une source fréquente de sensibilisation. En cas d'antécédent, l'avis d'un allergologue précède les restaurations résineuses[12].

8.3 Yeux et déchets

Les lunettes de protection s'imposent pour le patient et l'équipe, en raison des projections d'acide phosphorique et de monomère. Les résidus d'adhésif non polymérisés sont photopolymérisés avant élimination ; les flacons vides et les unidoses suivent la filière des déchets de soins selon la réglementation locale[14].

8.4 Usages cliniques : renvois

Cet article décrit le produit ; ses usages cliniques sont traités dans les articles dédiés. Le choix de la stratégie adhésive, le mordançage sélectif de l'émail et la gestion de l'humidité relèvent de l'article sur l'adhésion amélo-dentinaire ; la sensibilité liée à l'adhésion, de l'article sur la sensibilité post-opératoire des restaurations adhésives ; la dentine sclérotique, de l'article sur les lésions cervicales non carieuses ; la réparation des composites, de l'article sur la finition, le polissage et la réparation ; le collage des tenons et des reconstitutions, de l'article sur la restauration de la dent dépulpée ; l'association au verre ionomère, de l'article sur la technique du sandwich ; le collage sur céramique, zircone et métal, de l'article sur le scellement et le collage en prothèse fixée[2].

À retenir pour l'équipe

Un gant fin contaminé par l'adhésif ne protège plus après quelques minutes. Le changer immédiatement est la mesure de prévention la plus efficace contre une sensibilisation qui, une fois acquise, est irréversible[12][13].

Synthèse pratique

  1. 1

    Raisonner en familles et en protocoles, jamais en « générations » ni en noms commerciaux[1][2].

  2. 2

    Privilégier un auto-mordançant doux au 10-MDP ou un universel associé au mordançage sélectif de l'émail pour les restaurations directes[4][8].

  3. 3

    Appliquer deux couches et évaporer soigneusement le solvant avec les adhésifs en une étape[7].

  4. 4

    Vérifier la compatibilité avec les matériaux à prise chimique et utiliser l'activateur dual si nécessaire[11].

  5. 5

    Contrôler que la lampe du cabinet couvre le spectre de l'initiateur de l'adhésif[3][14].

  6. 6

    Préférer un silane séparé au silane intégré pour le collage sur céramique vitreuse[2][3].

  7. 7

    Refermer le flacon aussitôt, le conserver au frais et éliminer tout produit visqueux, trouble ou sans odeur de solvant[3][14].

  8. 8

    Changer de gants dès toute contamination par l'adhésif[13].

Questions fréquentes

Un adhésif universel remplace-t-il tous les autres systèmes ?→

Non. Il simplifie le stock et permet plusieurs stratégies avec un seul flacon, mais les meilleurs résultats cliniques à long terme restent ceux des mordançage-rinçage en trois étapes et des auto-mordançants doux en deux étapes. Les universels s'en rapprochent lorsqu'ils sont associés au mordançage sélectif de l'émail, avec un recul plus court[8].

La mention « contient du MDP » garantit-elle un bon collage ?→

Elle indique une liaison chimique possible au calcium, mais la pureté du monomère et le reste de la formulation varient selon les fabricants. Le résultat d'un produit au MDP ne se transpose pas automatiquement à un autre[5].

Faut-il conserver les adhésifs au réfrigérateur ?→

Seulement si la notice le prévoit ou l'autorise. Dans ce cas, le produit doit revenir à température ambiante avant l'emploi. En région chaude, c'est souvent la meilleure option lorsqu'elle est permise par le fabricant[14].

Peut-on utiliser un adhésif après sa date de péremption s'il semble normal ?→

Non. L'évaporation du solvant et l'hydrolyse des monomères ou du silane ne sont pas toujours visibles, et un collage défaillant ne se révèle qu'après plusieurs semaines ou mois. Le coût d'un flacon est sans commune mesure avec celui d'une restauration à refaire[3].

Pourquoi un composite de reconstitution se décolle-t-il avec certains adhésifs ?→

Les monomères acides des adhésifs simplifiés neutralisent les amines qui amorcent la prise chimique du composite, et la couche adhésive perméable laisse l'eau s'accumuler à l'interface. L'activateur dual du fabricant ou un système déclaré compatible évite ce décollement[11].

Les additifs désensibilisants ou la chlorhexidine améliorent-ils le résultat ?→

Leurs effets sont surtout démontrés en laboratoire ; le bénéfice clinique à long terme n'est pas établi de façon constante. Ils ne remplacent pas un protocole rigoureux d'application et d'évaporation du solvant[9].

Références

  1. Van Meerbeek, B., De Munck, J., Yoshida, Y., et al. (2003). Adhesion to enamel and dentin: current status and future challenges. Operative Dentistry, 28(3), 215–235.Classique
  2. Van Meerbeek, B., Yoshihara, K., Van Landuyt, K., Yoshida, Y., & Peumans, M. (2020). From Buonocore's pioneering acid-etch technique to self-adhering restoratives. Journal of Adhesive Dentistry, 22(1), 7–34.Revue
  3. Van Landuyt, K. L., Snauwaert, J., De Munck, J., et al. (2007). Systematic review of the chemical composition of contemporary dental adhesives. Biomaterials, 28(26), 3757–3785.Revue
  4. Yoshida, Y., Yoshihara, K., Nagaoka, N., et al. (2012). Self-assembled nano-layering at the adhesive interface. Journal of Dental Research, 91(4), 376–381.Étude
  5. Yoshihara, K., Nagaoka, N., Okihara, T., et al. (2015). Functional monomer impurity affects adhesive performance. Dental Materials, 31(12), 1493–1501.Étude
  6. Van Meerbeek, B., Yoshihara, K., Yoshida, Y., et al. (2011). State of the art of self-etch adhesives. Dental Materials, 27(1), 17–28.Revue
  7. Tay, F. R., & Pashley, D. H. (2003). Have dentin adhesives become too hydrophilic? Journal of the Canadian Dental Association, 69(11), 726–731.Revue
  8. Peumans, M., De Munck, J., Mine, A., & Van Meerbeek, B. (2014). Clinical effectiveness of contemporary adhesives for the restoration of non-carious cervical lesions: a systematic review. Dental Materials, 30(10), 1089–1103.Revue systématique
  9. Montagner, A. F., Sarkis-Onofre, R., Pereira-Cenci, T., & Cenci, M. S. (2014). MMP inhibitors on dentin stability: a systematic review and meta-analysis. Journal of Dental Research, 93(8), 733–743.Méta-analyse
  10. Nakabayashi, N., Kojima, K., & Masuhara, E. (1982). The promotion of adhesion by the infiltration of monomers into tooth substrates. Journal of Biomedical Materials Research, 16(3), 265–273.Classique fondateur
  11. Suh, B. I., Feng, L., Pashley, D. H., & Tay, F. R. (2003). Factors contributing to the incompatibility between simplified-step adhesives and chemically-cured or dual-cured composites. Part III. Journal of Adhesive Dentistry, 5(4), 267–282.Étude
  12. Kanerva, L., Estlander, T., & Jolanki, R. (2000). Occupational allergic contact dermatitis and contact urticaria caused by acrylates in dental personnel. Contact Dermatitis.Étude
  13. Andreasson, H., Boman, A., Johnsson, S., et al. (2003). On permeability of methyl methacrylate, 2-hydroxyethyl methacrylate and triethyleneglycol dimethacrylate through protective gloves in dentistry. European Journal of Oral Sciences, 111(6), 529–535.Étude
  14. Notices d'utilisation des fabricants cités dans l'article : conditions de conservation, compatibilité avec les matériaux à prise chimique, spectre d'activation et données de sécurité.Documentation
  15. SDI. Stae — Dentin/enamel single component total etch adhesive, brochure produit.Fabricant
  16. Ivoclar Vivadent. Te-Econom Plus, Te-Econom Flow, Te-Econom Bond, Eco-Etch, mode d'emploi.Fabricant
  17. Kulzer. GLUMA 2Bond — Adhesive convenience, fiche produit.Fabricant
  18. Kulzer. GLUMA Bond Universal — Scientific Compendium.Fabricant
  19. 3M. Single Bond Universal Adhesive — Frequently Asked Questions.Fabricant
  20. Kuraray Noritake. Clearfil Universal Bond Quick — Technical Information.Fabricant
  21. GC Europe. G2-BOND Universal — Comprehensive Guide.Fabricant
  22. Olident. OliEtch BOND, fiche produit et dépliant.Fabricant
  23. SDI. Zipbond Universal, page produit.Fabricant
  24. Itena Clinical. Iperbond Max, page produit.Fabricant
  25. VOCO. Solobond M, page produit.Fabricant
  26. Maquira. Bond 2.1, page produit.Fabricant
  27. Spident. EsBond, fiche produit publiée par un distributeur.Fabricant
  28. Catalogues en ligne de distributeurs de fournitures dentaires en Algérie, consultés en septembre 2026.Marché local

Ce contenu est destiné aux chirurgiens-dentistes, à visée d'information et de formation. Il ne remplace ni le jugement clinique individuel, ni les notices et résumés des caractéristiques des produits, qui font foi pour les conditions d'utilisation et de conservation. La citation de produits commerciaux est illustrative et ne constitue pas une recommandation.

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